Depuis le 1er novembre, Binance demande à ses utilisateurs brésiliens d'indiquer le motif et la contrepartie de chaque transfert de cryptomonnaies vers ou depuis l'étranger. L'exchange a informé ses clients brésiliens le 2 octobre, et l'information a été relayée par la presse spécialisée. Sans réponse, les retraits sont bloqués et les dépôts restent en suspens, parfois restitués à l'expéditeur. Cette mesure de Binance au Brésil illustre concrètement comment une juridiction intègre les cryptomonnaies dans son régime de contrôle des changes, un signal que les régulateurs européens, notamment l'AMF, suivent de près.
Ce qui change à partir du 1er novembre
Les nouvelles règles s'appliquent aux particuliers et aux entreprises qui envoient des cryptomonnaies à des non-résidents ou en reçoivent, y compris les transferts vers un compte personnel sur un exchange étranger. Les transferts internes au Brésil ne sont pas concernés. En dessous de 50 000 dollars, l'utilisateur choisit le motif parmi une liste simplifiée de dix catégories. Au-delà de ce seuil, les classifications passent à 96 options distinctes.
Pour les transferts vers un compte personnel à l'étranger, le motif et la contrepartie sont préremplis: il suffit de confirmer. Les entreprises, de leur côté, doivent déclarer si la contrepartie appartient au même groupe économique. Les wallets en self-custody suivent un parcours distinct: il n'est pas nécessaire d'indiquer le motif, mais l'utilisateur doit confirmer être propriétaire du wallet. Binance signalera ces opérations à la banque centrale dans une catégorie séparée. Certains transferts internationaux sont par ailleurs limités à 100 000 dollars par opération lorsque la contrepartie n'est pas autorisée sur le marché des changes brésilien.
Le cadre réglementaire
Binance transmettra chaque mois un rapport à la Banque centrale du Brésil, en application de la Resolução BCB 521/2025, qui intègre les transferts internationaux d'actifs virtuels dans le régime des changes. L'exchange précise qu'il ne s'agit pas de la Travel Rule, dont l'entrée en vigueur au Brésil est prévue par étapes: en 2027 pour les opérations internes, en 2028 pour les opérations internationales. Le 1er janvier 2027, la Resolução BCB 584 entrera à son tour en vigueur, introduisant des suspensions préventives susceptibles de retarder certains retraits pendant des contrôles complémentaires. Binance a promis de communiquer des précisions supplémentaires avant le 1er novembre.
Le marché brésilien pèse lourd. Selon les données de Chainalysis, entre juillet 2025 et juin 2026, le Brésil a enregistré 252,5 milliards de dollars de transactions en cryptomonnaies, ce qui en fait le premier pays dans l'indice d'adoption 2026 et le deuxième pour les flux transfrontaliers, malgré un recul de l'activité de 1,6%. Les données fiscales brésiliennes recensent 1 130 milliards de reais d'opérations en stablecoin déclarées entre août 2019 et décembre 2025, soit environ 72% de l'activité crypto déclarée au total.
Pourquoi cela concerne aussi les utilisateurs européens
En Europe, l'obligation de communiquer les informations sur le donneur d'ordre et le bénéficiaire pour les transferts de cryptomonnaies est déjà en vigueur depuis le 30 décembre 2024, dans le cadre du Règlement sur les transferts de fonds (TFR). Binance est également sous surveillance des régulateurs quant à l'utilisation de la reverse solicitation prévue par MiCA. En France, l'AMF encadre les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) avec des exigences comparables en matière de traçabilité des flux. Le cas brésilien démontre qu'un même exchange doit adapter ses procédures à chaque juridiction où il opère: les informations demandées et les délais de déblocage des retraits et dépôts dépendent du pays de résidence de l'utilisateur et des règles locales applicables. Pour les résidents français ou francophones utilisant des plateformes mondiales, ce précédent brésilien donne une idée de ce que MiCA et les futures obligations DAC8 pourraient imposer à terme en Europe.


