Aller au contenu

Def-tech en Europe: 10,5 milliards, mais la France reste loin du nord

Les startups def-tech européennes visent 10,5 milliards de dollars d'ici 2026. L'Allemagne et la Finlande dominent, la France reste à 376 millions.

3 min de lecture Comment nous travaillons

Les startups européennes de la def-tech devraient lever environ 10,5 milliards de dollars de financements d'ici fin 2026, selon le rapport Dealroom publié en 2025. Une somme considérable, dont les bénéfices resteront néanmoins très concentrés en Europe centre-septentrionale. L'Allemagne, la Finlande et le Royaume-Uni trustent les premières places, pendant que la France et les pays méditerranéens peinent à capter une part significative de ces flux.

L'Europe récupère du terrain face aux États-Unis

Selon le rapport Dealroom sur le capital-risque défense au premier semestre 2026, les États-Unis absorbent encore 75% des capitaux de risque dédiés à la défense au sein des pays de l'OTAN et alliés. Ce chiffre reste élevé, mais il est en net recul par rapport à 2021, où il atteignait 93%. Dans le même intervalle, la part de l'Union européenne est passée de 15% à 21%, soit de 2,2 à 5,4 milliards de dollars. Une progression réelle, même si le fossé avec Washington demeure immense.

La défense représente désormais 15% du capital-risque total en Europe, contre seulement 6,2% en 2025, toujours selon Dealroom. Ce bond traduit un changement de priorités dans l'écosystème européen du venture capital, accéléré par le retour de la guerre sur le sol européen et par la pression géopolitique croissante à l'Est.

Sur le plan technologique, les drones et systèmes autonomes captent 74% des fonds en Europe et 77% au Royaume-Uni, contre 57% aux États-Unis, selon le même rapport. Les seuls véhicules aériens sans pilote ont levé 4,7 milliards de dollars à l'échelle européenne.

Une géographie des investissements très marquée

La répartition géographique des capitaux def-tech en Europe est frappante. L'Allemagne domine avec 3,5 milliards d'euros investis, d'après les données Dealroom. Elle est suivie par la Finlande, avec 1,2 milliard, dont la quasi-totalité provient d'une seule entreprise: Iceye, spécialisée dans la surveillance satellitaire, valorisée à 1,1 milliard. Le Royaume-Uni arrive en troisième position avec 932 millions, puis la France avec 376 millions.

La seule région de Munich concentre environ 3 milliards de dollars d'investissements def-tech, soit davantage que l'ensemble de la France. C'est un chiffre qui interroge sur la compétitivité de l'écosystème français, pourtant riche en ingénieurs et en savoir-faire industriel. Pour un lecteur français, ce contraste soulève une question concrète: pourquoi Paris, avec Station F et un tissu de grandes écoles, ne parvient-il pas à produire un champion de la def-tech comparable à Iceye ou aux champions munichois?

Une stratégie européenne encore insuffisante

Ursula von der Leyen a placé la compétitivité technologique au coeur du discours sur l'état de l'Union prononcé en septembre. L'ambition est claire: combler l'écart avec les États-Unis et la Chine dans les secteurs stratégiques, défense incluse. Pourtant, le volume de capitaux européens reste très éloigné de ce que Washington et Pékin injectent chaque année dans leurs filières industrielles de défense.

Le secteur technologique est porté par la course mondiale à l'intelligence artificielle, et la défense est redevenue une priorité après trois décennies de relative tranquillité pour l'Occident, depuis la fin du conflit yougoslave. La guerre en Ukraine a brutalement rappelé que les drones autonomes pilotés à distance sont désormais au coeur des opérations militaires modernes. La supériorité technologique se traduit directement en capacité de frappe: plus précise, plus efficace, plus létale.

Dans ce contexte, flécher des capitaux privés vers des startups qui combinent technologie et défense relève d'une logique industrielle et géopolitique cohérente. L'AMF et Bpifrance ont d'ailleurs intégré la def-tech dans leurs réflexions sur les secteurs stratégiques à soutenir, même si les décaissements concrets restent modestes par rapport aux ambitions affichées.

Le cas français: savoir-faire réel, valorisation insuffisante

Le problème de la France dans ce domaine n'est pas l'absence de compétences techniques. Le pays dispose d'ingénieurs de haut niveau, de laboratoires publics de recherche et d'un tissu industriel de défense historique autour de groupes comme Thales, Safran ou Dassault. La difficulté réside plutôt dans la capacité à transformer ce savoir-faire en startups capables de croître à la vitesse des homologues nordiques ou allemands.

Le marché du capital-risque français, bien que dynamique, reste moins mature que ses équivalents scandinaves pour les applications défense. Les débats politiques récurrents sur l'autonomie stratégique européenne, la création d'une armée commune ou le rôle de l'OTAN alimentent une incertitude qui freine les investisseurs privés. Sans visibilité réglementaire stable, les tickets sont plus petits et les cycles de financement plus longs.

La piste d'une armée européenne commune, régulièrement évoquée à Bruxelles, pourrait théoriquement harmoniser les standards et créer un marché unique pour les startups def-tech. Les 27 États membres bénéficieraient alors d'un niveau de protection technologique plus homogène. Mais cette perspective reste à horizon lointain, et les investisseurs ne financent pas des horizons lointains.

Pour les acteurs français du secteur, la prochaine étape concrète à surveiller est la révision du Livre blanc de la Défense, attendue courant 2026, et l'évolution du Fonds européen de défense (FED), dont les dotations pourraient orienter davantage de capitaux publics vers les startups technologiques à double usage. C'est ce signal budgétaire, plus que les discours de Bruxelles, qui déterminera si la France peut réduire son retard sur Munich d'ici 2030.

Contenu promotionnel