Aller au contenu

Finance et IA pour recoller une Europe en morceaux

L'UE fait face à la montée des nationalismes. Von der Leyen mise sur l'IA et l'euro numérique pour recoller les 27, mais les chiffres révèlent un retard…

3 min de lecture Comment nous travaillons

L'Union européenne a repris ses travaux à Strasbourg après la pause estivale. Comme à son habitude, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a prononcé son discours sur l'état de l'Union, particulièrement attendu après la montée en puissance de l'extrême droite AfD en Allemagne. Son constat est sans détour: les nationalismes risquent de faire éclater l'Union, et il faut y opposer des signaux forts de cohésion.

Le projet européen traverse une phase critique, attaqué de toutes parts par le retour des courants isolationnistes. Pour le ressouder, von der Leyen plaide pour un soutien continu aux secteurs traditionnels comme l'agriculture, un renforcement des engagements environnementaux, et des investissements massifs dans l'intelligence artificielle, domaine où le Vieux Continent accuse un retard préoccupant. L'Union européenne doit être bien plus qu'un espace Schengen et une monnaie commune.

L'euro numérique comme levier commun

Contrairement aux États-Unis, où le dollar numérique a été bloqué, Bruxelles entend poursuivre sur la voie de la digitalisation de la monnaie unique européenne. Un lancement officiel est évoqué pour 2029, après une phase expérimentale de deux ans qui suivra le démarrage d'un projet pilote prévu dès l'année prochaine.

Le choix de miser sur une stablecoin publique, dont la souveraineté pourrait réellement faire contrepoids au dollar privé, reste aujourd'hui avant tout un pari. Mais c'est aussi un engagement commun des 27 États membres qui envoie un signal d'unité, une notion à laquelle de nombreux dirigeants européens semblent pourtant sourds en ce moment.

La digitalisation de la monnaie n'était pas au coeur du discours de von der Leyen, qui a davantage insisté sur les aspects financiers et les investissements à autoriser d'urgence, notamment dans l'intelligence artificielle. Sur ce terrain, l'Europe accuse un retard considérable face aux deux grandes puissances mondiales du secteur: les États-Unis et la Chine.

L'IA peut-elle relancer l'économie européenne?

Selon un récent suivi de l'European Policy Innovation Council, publié en juillet, l'écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis serait passé de 9 dollars par heure travaillée en 2018 à 21 dollars en 2025, d'après les données de l'analyse ING Think.

Dans les voeux de von der Leyen, l'intelligence artificielle pourrait constituer un levier économique décisif pour l'Europe.

Un appel à candidatures a été lancé pour un maximum de sept AI Gigafactory, dont la clôture est fixée au 12 novembre prochain. Il prévoit un plafond de 10 milliards d'euros de ressources européennes et nationales, destinées à mobiliser jusqu'à 20 milliards d'investissements privés, pour un total de 30 milliards d'euros à injecter dans un secteur stratégique qui attire déjà des financements considérables, malgré les inquiétudes légitimes sur son avenir.

Bruxelles contribuera à hauteur d'environ 5 milliards d'euros, aux côtés des États membres qui mobiliseront une somme équivalente. Ces montants paraissent pourtant dérisoires à l'échelle mondiale. Les hyperscalers américains, qui ont pour objectif explicite de devancer la Chine, planifient selon les projections sectorielles des investissements proches de 700 milliards de dollars pour la seule année 2026, un chiffre potentiellement revu à la hausse pour 2027. L'écart avec l'UE est abyssal. L'ambition affichée par la Commission européenne sur l'IA, à ces niveaux de financement, risque fort de rester lettre morte.

Réglementation et normes: les vrais atouts de l'Europe

Si l'Europe court encore derrière les États-Unis en matière de capacités d'investissement, elle a en revanche pris une longueur d'avance sur la réglementation de l'IA. L'AI Act, entré en vigueur à l'été 2024, est le premier règlement exhaustif au monde sur l'intelligence artificielle. Son application suit une logique de progressivité stricte, et il pourrait rapidement sembler dépassé face à la croissance fulgurante du secteur.

Ce débat est plus que jamais d'actualité, alors qu'un bras de fer oppose Donald Trump, qui pousse fermement en faveur de la déréglementation, aux dirigeants des grandes entreprises du développement IA, lesquels plaident au contraire pour un cadre normatif rigoureux et contraignant.

Offrir un territoire où la recherche et le développement peuvent avancer dans un cadre réglementé pourrait être une réponse pertinente à l'hyperlibéralisme américain. Des développeurs et ingénieurs travaillant sur les modèles d'IA générative pourraient préférer évoluer dans un environnement davantage encadré, plutôt que dans une sorte de Far West technologique. Pour les investisseurs européens, la question centrale est de savoir si l'AMF et les régulateurs de l'UE sauront transformer ce cadre réglementaire en avantage compétitif réel, et non en simple obstacle à l'innovation.

Contenu promotionnel