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CONSOB et les CASP: trois mois pour clore les stablecoins non conformes MiCA

L'ESMA et la CONSOB imposent aux CASP de bloquer tout nouvel achat de stablecoins non conformes à MiCA et de liquider les positions existantes avant le 8…

5 min de lecture Comment nous travaillons

Une stablecoin non conforme à MiCA ne peut pas rester disponible sur les services d'un opérateur autorisé sous prétexte qu'un avertissement client a été affiché. C'est le point central de l'avis publié par l'ESMA le 8 octobre 2026, repris par la CONSOB le 16 octobre: les prestataires de services sur crypto-actifs, ou CASP, doivent bloquer les nouveaux achats et toute augmentation d'exposition, tandis que les positions existantes doivent faire l'objet d'une sortie ordonnée.

Le délai maximal indiqué est de trois mois à compter de la date de l'avis, soit le 8 janvier 2027. Ce n'est pas pour autant une fenêtre à utiliser automatiquement jusqu'au dernier jour. L'ESMA demande d'agir le plus tôt possible, avec des mesures proportionnées aux risques et sous la supervision de l'autorité nationale compétente, l'AMF en France.

Ce que l'ESMA a clarifié

L'ESMA part d'un constat pratique: certains CASP autorisés pourraient continuer à offrir des services sur des asset-referenced tokens ou des e-money tokens qui ne respectent pas les titres III ou IV de MiCA. La réponse de l'autorité européenne est large. L'incompatibilité ne se limite pas à la cotation sur une plateforme: elle peut concerner l'échange, l'exécution et la transmission d'ordres, le placement, le conseil, la gestion de portefeuille, le transfert et la conservation.

Ce point élargit considérablement l'impact opérationnel. Un exchange ne peut pas se contenter de retirer une paire du marché spot et laisser intacts les autres canaux permettant au client d'acheter ou d'augmenter son exposition. Des contrôles techniques, contractuels et organisationnels cohérents sont nécessaires sur l'ensemble de l'infrastructure.

L'ESMA écarte également un raccourci fréquent dans les produits financiers complexes: un message de risque, une prise de connaissance ou un consentement explicite de l'utilisateur ne rendent pas conforme un service qui reste incompatible avec MiCA. L'objectif n'est pas de déplacer la responsabilité sur le client, mais d'empêcher qu'un CASP autorisé distribue des instruments non conformes via sa propre licence.

Cette clarification s'inscrit dans la dynamique européenne déjà perceptible avec la liste noire CONSOB des opérateurs crypto non conformes et la construction de la liste des CASP autorisés MiCA. La nouveauté porte cependant sur les services et les actifs proposés par des entités déjà autorisées, et pas seulement sur les opérateurs dépourvus de titre.

Trois mois ne signifient pas un report automatique

Pour les positions ouvertes avant l'intervention, l'ESMA admet une phase de remédiation. La limite externe est fixée à trois mois à partir du 8 octobre 2026, mais le texte exige une solution dans les meilleurs délais. La durée doit dépendre du type de service, du profil du client, de la liquidité disponible et des risques d'une sortie trop rapide.

Durant cette période, le client peut avoir besoin de conserver certaines fonctions essentielles. Vendre ou convertir le token, le transférer vers une autre adresse, le retirer ou le conserver en conservation peut s'avérer nécessaire pour éviter que le blocage réglementaire ne se transforme en préjudice opérationnel. Ces fonctions résiduelles ne doivent pas pour autant devenir un canal permettant de reconstituer la position.

La distinction est fondamentale. Il ne s'agit pas d'éteindre tous les boutons simultanément, mais de séparer ce qui augmente l'exposition de ce qui permet de la réduire ou de la déplacer. Les autorités nationales doivent surveiller le processus et peuvent exiger un calendrier accéléré lorsque les risques le justifient.

Ce qui change pour les exchanges et les clients en France

Pour un exchange actif en France, le travail ne s'arrête pas à la vérification du prospectus ou du statut de l'émetteur. Il faut cartographier tous les points d'entrée du token dans les produits: marchés, conversions rapides, achats récurrents, transferts, wallets rémunérés, conseil et portefeuilles gérés. Un contrôle incomplet peut laisser des chemins indirects d'augmentation de l'exposition.

Pour le client, l'effet le plus probable est une combinaison de restrictions. Les achats, les dépôts destinés au trading ou les conversions entrantes pourraient disparaître, tandis que resteraient disponibles pendant une période limitée la vente, la conversion vers un actif autorisé, le retrait ou le transfert. Les modalités peuvent différer d'une plateforme à l'autre, car l'avis ne prescrit pas une interface unique ni une procédure technique standardisée.

En France, les PSAN enregistrés auprès de l'AMF sont déjà soumis à des obligations de conformité substantielles. L'autorisation MiCA, qui succède au régime PSAN, ne constitue pas un laissez-passer permanent pour n'importe quel produit: elle impose une maintenance continue du catalogue et des processus.

La question concerne également les plateformes françaises et européennes qui ont élargi leur offre après l'entrée en vigueur de MiCA. Aucune indication ne suggère que des opérateurs spécifiques sont en infraction: ces exemples illustrent à quel point le catalogue et l'expérience utilisateur font désormais partie intégrante de la conformité quotidienne.

Quelles stablecoins sont concernées

Le texte de l'ESMA ne publie pas une liste noire valable en toutes circonstances. La conformité dépend de la classification du token, de l'autorisation ou du statut de l'émetteur, des conditions de l'offre dans l'Union et des services concrètement fournis. Transformer l'avis en liste automatique de symboles serait donc inexact.

MiCA distingue principalement entre les asset-referenced tokens et les e-money tokens. Les stablecoins adossées à une seule devise relèvent normalement de la seconde catégorie, tandis que celles liées à des paniers d'actifs peuvent relever de la première. La qualification juridique requiert l'analyse de chaque actif et de sa structure.

Les discussions européennes sur les exigences de réserve montrent que le cadre reste en évolution. Le débat entre la BCE, les banques centrales et l'industrie sur l'obligation de dépôts bancaires pour les stablecoins concerne un niveau différent, mais confirme que distribution, réserves et surveillance sont désormais étroitement liées.

Ce que les CASP doivent vérifier

Le premier contrôle est documentaire: quels tokens sont proposés, dans quelle catégorie ils s'inscrivent et sur quelle base ils peuvent être distribués dans l'Union. Le deuxième est technique: quelles fonctions permettent d'entrer, d'augmenter, de réduire ou de transférer l'exposition. Le troisième est contractuel: quels droits conserve le client lors de la phase de sortie et quelles communications reçoit-il.

L'ESMA demande en outre une gestion non discriminatoire et attentive au risque. Une remédiation trop lente peut prolonger une offre non conforme; une sortie trop brutale peut créer des problèmes de liquidité, d'exécution ou d'accès aux fonds. Le CASP doit donc documenter le choix de son calendrier et la manière dont il protège les clients durant la transition.

France: le rôle de l'AMF

En France, c'est l'AMF qui supervise l'application des exigences MiCA pour les CASP opérant sur le territoire. La clarification de la CONSOB, portée dans l'espace informatif italien le 16 octobre 2026, s'inscrit dans le même signal réglementaire européen: l'attente de surveillance formulée par l'ESMA doit se traduire en mesures concrètes auprès de chaque autorité nationale.

Avant d'agir, les clients ont intérêt à lire les communications de leur intermédiaire, à distinguer la suspension des achats du blocage des retraits, à vérifier les coûts et délais de conversion et à contrôler l'adresse de destination en cas de transfert. La procédure peut varier sensiblement d'une plateforme à l'autre.

La supervision nationale vise précisément à éviter deux écueils: laisser l'offre se poursuivre derrière un simple avertissement, ou imposer une sortie désordonnée. La qualité de la mise en oeuvre sera mesurée à la capacité de fermer les canaux de nouvelle exposition sans comprimer inutilement les droits sur les positions déjà détenues.

La lecture d'ensemble

MiCA passe de la phase des licences à celle de la cohérence opérationnelle. Obtenir le statut de CASP n'est que le début. Chaque token, chaque fonction et chaque parcours de l'interface doit rester compatible avec les règles européennes dans la durée.

Le rappel sur les stablecoins non conformes montre aussi que la réglementation ne concerne pas seulement l'émetteur. La responsabilité se distribue tout au long de la chaîne: celui qui admet le token, celui qui exécute l'ordre, celui qui le conserve et celui qui conseille le client. Pour les utilisateurs en France, la conséquence la plus concrète sera une différence accrue entre actifs transférables, actifs achetables et actifs disponibles uniquement pour la sortie.

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