Les sanctions UE crypto Russie changent de dimension à partir du 23 juillet 2026: le Conseil a approuvé 218 nouvelles désignations et ouvert la voie à un blocage total des services fournis par des plateformes de pays tiers. Pour les opérateurs européens, ce n'est pas une actualité lointaine, car la conformité aux sanctions s'ajoute aux obligations déjà décrites dans la liste des CASP autorisés au titre de MiCA.
Le paquet frappe 94 banques et grandes institutions financières, étend l'interdiction de transaction à 33 intermédiaires supplémentaires et vise 14 plateformes de services crypto. Le texte officiel a été publié par le Conseil de l'Union européenne.
L'interdiction passe des listes aux infrastructures
Jusqu'à présent, le contrôle européen portait surtout sur des personnes, des portefeuilles et des entreprises identifiés. Le nouvel instrument permet d'interdire toute relation entre un opérateur européen et un prestataire crypto d'un pays tiers lorsque celui-ci est utilisé par la Russie.
C'est un changement opérationnel majeur. Un exchange ou une banque française ne devra plus seulement vérifier le destinataire final, mais aussi la plateforme, le cheminement des fonds, les contreparties techniques et les éventuelles connexions avec des réseaux déjà inscrits sur les listes européennes.
Les 218 nouvelles désignations du paquet UE
Source: Conseil de l'Union européenne, 23 juillet 2026
- Entités: 170 (78%)
- Personnes: 48 (22%)
HTX entre dans le périmètre européen
Parmi les opérateurs désignés figure HTX, anciennement connue sous le nom de Huobi. Les autorités européennes soutiennent que les plateformes visées ont aidé des entités russes à contourner les mesures restrictives.
Cette accusation est attribuée à l'UE et ne constitue pas une conclusion vérifiée de manière indépendante. HTX n'a pas répondu dans l'immédiat à la demande de commentaire rapportée par Reuters. Après de précédentes mesures britanniques, la plateforme avait déclaré considérer la conformité réglementaire comme une priorité.
The 21st sanctions package against Russia:
, EU Council (@EUCouncil) July 23, 2026
🚫 targets a further 218 individuals & entities
🚫 pauses the automatic adjustment of the oil price cap
🚫 hits Russian financial & crypto services
🚫 introduces the basis for a visa ban for Russian combatants
🔗 https://t.co/HRSXB4yZOb pic.twitter.com/rSsKThAX3E
La désignation européenne n'équivaut pas automatiquement au gel complet de tous les actifs de la plateforme. Le point décisif est l'interdiction de transaction et le risque que des relations directes ou indirectes deviennent incompatibles avec les mesures UE.
Ce que doivent faire les CASP, banques et fintechs en France
La première action consiste à mettre à jour les listes de contrôle avec les nouveaux sujets désignés et à lire les actes publiés au Journal officiel de l'Union européenne. S'appuyer sur le seul nom commercial de l'exchange ne suffit pas: il faut les dénominations légales, les pays d'enregistrement, les portefeuilles associés, les sociétés liées et tous les identifiants disponibles.
- Bloquer ou soumettre à révision les opérations avec les contreparties mentionnées dans les annexes.
- Retracer les flux à travers les intermédiaires et les portefeuilles non-custodial.
- Documenter la décision d'exécuter, suspendre ou refuser une transaction.
- Mettre à jour les procédures, les moteurs de contrôle et la formation du personnel.
L'étape est particulièrement délicate pour les plateformes qui viennent de finaliser leur mise en conformité avec la échéance MiCA du 1er juillet. En France, les PSAN enregistrés auprès de l'AMF doivent en outre articuler ces nouvelles obligations avec leur dispositif LCB-FT existant. L'agrément CASP ne remplace pas les obligations découlant des sanctions internationales.
MiCA n'est pas un bouclier
MiCA vérifie la gouvernance, le capital, la conservation des actifs et la protection du client. Les sanctions opèrent sur un plan distinct et peuvent rendre illicite une relation qui, sous le seul angle de l'autorisation, serait techniquement possible.
C'est pourquoi la supervision des CASP doit dialoguer avec la lutte contre le blanchiment, les contrôles sur les contreparties et les procédures d'escalade. En France, les obligations LCB-FT, encadrées par Tracfin et l'AMF, s'appliquent en parallèle et renforcent ce dispositif de vigilance. Le règlement européen sur les transferts de fonds, détaillé dans le guide sur le Transfer of Funds Regulation, augmente la quantité d'informations disponibles pour ce contrôle.
La vidéo internationale sur le nouveau paquet est disponible dans cet approfondissement sur les sanctions européennes.
La véritable nouveauté n'est pas le nom d'une seule plateforme. C'est la capacité de l'UE à isoler une infrastructure crypto étrangère lorsqu'elle estime que celle-ci est utilisée pour contourner ses propres règles. Pour les opérateurs enregistrés comme PSAN en France ou en cours d'agrément CASP sous MiCA, la question n'est plus de savoir si ces règles s'appliquent, mais de vérifier, concrètement, que leurs systèmes de contrôle sont à jour avant que l'AMF ou Tracfin ne posent la question à leur place.



