Banques europeennes crypto 2026: Intesa Sanpaolo, BBVA, BPCE, Commerzbank, UBS et Qivalis strategie
  • Home
  • Banques
  • Banques européennes et crypto 2026: qui achète quoi et combien
Par Francesco Campisi Photo de profil Francesco Campisi
7 min read

Banques européennes et crypto 2026: qui achète quoi et combien

BPCE vise 12 millions de clients crypto en France via Hexarq. Intesa Sanpaolo affiche 235M$ d'exposition au T1 2026. Qivalis regroupe 12 banques européennes.

Intesa Sanpaolo affiche une exposition crypto de 235 millions de dollars au 31 mars 2026, contre 100 millions fin 2025, selon le document 13F déposé cette semaine auprès de la SEC. Il s’agit de trading pour compte propre, pas d’une offre client. Et ce n’est pas un cas isolé: BBVA propose désormais le trading Bitcoin et Ethereum 24h/24 et 7j/7 dans son application mobile espagnole, BPCE a lancé l’accès crypto pour 12 millions de clients en France via sa filiale Hexarq, Commerzbank a obtenu sa licence MiCA auprès de la BaFin, UBS prépare l’accès Bitcoin et Ethereum pour sa clientèle de banque privée suisse avec une extension vers l’Asie-Pacifique et les États-Unis prévue avant la fin de l’année, et douze banques européennes dont BNP Paribas, UniCredit et Deutsche Bank ont fondé Qivalis pour construire un stablecoin en euros.

TL;DR: Les banques européennes construisent leur exposition crypto sur trois fronts simultanés en 2026: portefeuilles propres, produits pour clients retail et institutionnels, et infrastructure de paiement. Selon les données de CoinTelegraph, le marché des stablecoins en euros est passé de 69 millions à 777 millions de dollars en volume mensuel entre janvier et mai 2026, avant même que la principale initiative soit opérationnelle.

Ce n’est pas une tendance. C’est une convergence. Et elle concerne directement les épargnants et investisseurs français: BPCE, deuxième groupe bancaire français, est au cœur du mouvement avec Hexarq et Qivalis. L’AMF, qui encadre déjà les PSAN, devra s’adapter à une configuration où les banques systémiques deviennent elles-mêmes opérateurs crypto.

La carte: qui a fait quoi et quand

Données clés

  • Intesa Sanpaolo: exposition crypto T1 2026 235 millions $
  • Intesa Sanpaolo: exposition crypto T4 2025 100 millions $
  • Premier achat crypto Intesa (janv. 2025) 11 Bitcoin (~1M€)
  • BPCE: clients avec accès crypto (mai 2026) 12 millions
  • Banques fondatrices Qivalis (stablecoin euro) 12 établissements UE

Source: dépôts SEC 13F · CoinTelegraph · Criptovaluta.it · mai 2026

Commençons par Intesa Sanpaolo, le cas le mieux documenté. Le 13 janvier 2025, la banque dirigée par Carlo Messina a acheté 11 Bitcoin pour environ un million d’euros. Tout le monde y a vu un signal symbolique. Le 13F déposé cette semaine auprès de la SEC dit autre chose: au 31 mars 2026, l’exposition a atteint 235 millions de dollars, près du triple de fin 2025. Le portefeuille couvre quatre lignes: Bitcoin (via les ETF ARK+21Shares et iShares de BlackRock), Ethereum (iShares Staked Ethereum Trust, entrée pour la première fois en portefeuille), XRP (Grayscale XRP Trust, 712 319 parts, valorisées environ 18 millions de dollars au 31 mars), et une position call sur IBIT. Solana a été quasiment soldée, passant de 266 320 à 2 817 parts. La banque a confirmé explicitement qu’il s’agit de trading pour compte propre.

Pour une analyse détaillée du portefeuille Intesa Sanpaolo, l’analyse complète SpazioCrypto reconstitue chaque position à partir des données SEC.

Exposition crypto de banques européennes sélectionnées, T4 2025 vs T1 2026 (millions USD)

Source: dépôts SEC 13F · CoinTelegraph · Criptovaluta.it · élaboration SpazioCrypto · mai 2026

Note méthodologique: les données Intesa Sanpaolo proviennent d’un dépôt SEC 13F vérifié. Les chiffres UBS et Commerzbank sont des estimations fondées sur des communications publiques des banques et des données de marché à mai 2026; ils ne dérivent pas de dépôts 13F. Le graphique illustre les tendances directionnelles, non les valeurs absolues précises pour les établissements non cotés sur les marchés américains.

Pourquoi maintenant? MiCA comme facteur déterminant

L’accélération de 2026 a d’abord une explication technique. Le Règlement MiCA (UE) 2023/1114 a achevé son déploiement pour les stablecoins en juin 2024, puis pour l’ensemble des actifs crypto en décembre 2024. Pour la première fois, les banques européennes disposent d’un cadre légal précis: ce qu’elles peuvent faire, avec quelles obligations et sous quelle autorité de supervision. Avant MiCA, le risque réglementaire fonctionnait comme un veto dans les conseils d’administration. Ce veto n’existe plus.

En France, l’AMF encadrait déjà les PSAN (Prestataires de Services sur Actifs Numériques), mais MiCA donne une base européenne harmonisée qui lève les dernières réticences des directions juridiques. Commerzbank illustre ce basculement: la banque allemande a obtenu de la BaFin une licence de conservation d’actifs numériques, devenant la première grande banque allemande à le faire explicitement. Cette licence lui permet d’offrir des services de conservation à des clients institutionnels en Allemagne, marché de 84 millions de personnes avec une forte culture de préservation du patrimoine.

Le modèle BBVA: le retail d’abord, puis l’institutionnel

BBVA a fait le choix inverse d’Intesa Sanpaolo. Plutôt que de constituer un portefeuille propre, la banque espagnole a ouvert le trading crypto directement à ses clients retail via son application mobile en Espagne: Bitcoin et Ethereum, 24h/24, avec la même interface que celle utilisée pour les actions et les fonds. La logique est aussi commerciale que stratégique. BBVA compte plus de 30 millions de clients numériques actifs en Europe et en Amérique latine. Si seulement 3% d’entre eux tradent des cryptos via l’application bancaire, les volumes générés dépassent ceux de la plupart des exchanges européens dédiés.

L’avantage de ce modèle est moins visible: la confiance. Un client qui achète du Bitcoin via sa propre banque ne s’inquiète pas de la sécurité du portefeuille, n’a pas besoin d’ouvrir un compte sur un exchange tiers et évite la courbe d’apprentissage de la self-custody. Pour la stratégie des banques dans le crypto que SpazioCrypto suit depuis le début de l’année, BBVA est le cas européen qui démontre que le retail banking peut servir le crypto sans construire d’infrastructure séparée.

BPCE, deuxième groupe bancaire français par le total de bilan, a répliqué le modèle avec Hexarq: filiale réglementée, accès crypto pour l’ensemble des clients du groupe, objectif déclaré de 12 millions d’utilisateurs d’ici 2026. Le lancement a eu lieu au printemps. Les chiffres d’adoption ne sont pas encore publics, mais l’objectif de 12 millions est le plus ambitieux jamais annoncé publiquement par une banque européenne dans le secteur crypto. Pour les clients du Crédit Mutuel Arkéa, des Caisses d’Épargne ou de la Banque Populaire, l’accès aux cryptomonnaies pourrait donc passer directement par leur banque habituelle.

Ce qu’achètent les banques européennes: Bitcoin, Ethereum, XRP ou Solana?

La répartition n’est pas uniforme et reflète des choix stratégiques précis. En agrégeant les données publiques disponibles: Bitcoin reste la position principale pour tous les établissements disposant de filings vérifiables (Intesa Sanpaolo, UBS). Ethereum est entré dans le portefeuille d’Intesa Sanpaolo pour la première fois au T1 2026 via un produit staked (iShares Staked Ethereum Trust), signalant un intérêt non seulement pour le prix mais pour le rendement de staking. XRP est la surprise: Intesa a ouvert une position d’environ 18 millions de dollars via le Grayscale XRP Trust, la motivation la plus plausible étant les cas d’usage dans les paiements internationaux, domaine d’intérêt direct pour toute banque. Solana est en cours de liquidation chez Intesa Sanpaolo (de 266 320 à 2 817 parts), probablement pour des raisons de liquidité et de profil de risque dans le contexte de marché défavorable du T1 2026.

Pour ceux qui suivent les mouvements institutionnels sur XRP, la position d’Intesa est particulièrement significative: c’est la première exposition de la banque italienne au réseau de paiement de Ripple. Si d’autres établissements européens emboitaient le pas, la narration de «XRP comme actif bancaire» acquerrait une base concrète plutôt que spéculative.

Qivalis et le 2027 qui se prépare maintenant

Qivalis n’est pas seulement un stablecoin. C’est l’initiative la plus ambitieuse du système bancaire européen dans le secteur crypto depuis 2008. Douze banques qui s’unissent pour construire une infrastructure de paiement numérique en euros, réglementée par MiCA, avec accès direct au réseau interbancaire européen. Si le lancement respecte le calendrier prévu pour le second semestre 2026, Qivalis arrivera sur un marché où l’USDC de Circle affiche déjà une offre de 77 milliards de dollars et un volume mensuel de 21 500 milliards de dollars, selon les données de CoinTelegraph.

L’avantage compétitif de Qivalis n’est pas technologique. C’est la distribution. Chaque client de BNP Paribas, UniCredit, Deutsche Bank, ING et des autres établissements fondateurs est un utilisateur potentiel de Qivalis dès le premier jour, sans télécharger une nouvelle application ni ouvrir un compte sur un exchange. Le stablecoin vit à l’intérieur de l’infrastructure bancaire qu’ils utilisent déjà.

Qivalis, si elle fonctionne comme prévu, introduit également une nouvelle couche de compétition avec la BCE, qui construit encore son euro numérique avec un horizon de lancement entre 2027 et 2028. Pour les épargnants français, la question pratique sera fiscale: la DGFiP devra clarifier le traitement du stablecoin Qivalis au regard du PFU de 30% applicable aux plus-values sur actifs numériques.

Le tableau d’ensemble, reconstitué à partir de sources primaires: au T1 2026, les banques européennes traçables via des dépôts SEC (principalement Intesa Sanpaolo) affichent une forte croissance de leur exposition crypto agrégée. Celles non traçables via 13F (BBVA, BPCE, Commerzbank, UBS) communiquent des mouvements stratégiques tout aussi significatifs via communiqués de presse et licences réglementaires. Douze construisent Qivalis ensemble. Selon les données de CoinTelegraph, le marché des stablecoins en euros est passé de 69 millions à 777 millions de dollars en volume mensuel entre janvier et mai 2026, avant même que la principale initiative soit opérationnelle. Les investisseurs et institutions non encore positionnés doivent surveiller le calendrier de lancement de Qivalis et les prochains dépôts 13F pour le T2 2026.

Par Francesco Campisi Photo de profil Francesco Campisi
Mise à jour le
Banques Europe Stablecoins
Consent Preferences