Graphique du volume mensuel des stablecoins en euros montrant une croissance de 69 M$ à 777 M$ entre janvier 2025 et…
Par Francesco Campisi Photo de profil Francesco Campisi
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Stablecoins euro: volume multiplié par 12 en 15 mois

Les stablecoins en euros ont bondi de 69 M$ à 777 M$ mensuel entre jan. 2025 et mars 2026, selon TRM Labs. MiCA, Qivalis et la BCE sont désormais dans la…

Le volume mensuel des stablecoins libellés en euros a bondi de 69 millions de dollars en janvier 2025 à 777 millions en mars 2026, soit une multiplication par douze en quinze mois, selon le Q1 2026 Global Crypto Adoption Index publié par TRM Labs le 23 avril. Le dollar conserve sa domination sur le règlement on-chain, mais la part européenne n'est plus anecdotique.

Ce chiffre intervient à un moment précis: MiCA clarifie les conditions d'émission, de distribution et d'utilisation des jetons de monnaie électronique dans toute l'UE, tandis que le consortium bancaire Qivalis vise un lancement d'un stablecoin en euros pour le second semestre 2026.

Le chiffre qui change le débat européen

Pendant des années, le volume en euros sur la blockchain est resté marginal. USDT et USDC assuraient l'essentiel des règlements mondiaux, les exchanges raisonnaient en dollars et les stablecoins européens n'existaient que dans les colloques. Puis MiCA est entré en vigueur, les restrictions sur les tokens non conformes ont suivi, et les opérateurs ont dû s'adapter pour ne pas être exclus du marché européen.

TRM Labs rattache cette croissance à trois facteurs: la clarté réglementaire, la demande croissante de circuits de règlement non libellés en dollars, et l'intégration de produits en euros par les exchanges et les prestataires de paiement. Concrètement, quand les règles deviennent lisibles, même les capitaux les plus prudents cessent d’attendre.

Les stablecoins euro peuvent-ils rivaliser avec USDT?

Pas encore. USDT reste la devise opérationnelle des marchés crypto mondiaux, avec une profondeur de liquidité que l’euro ne peut pas encore égaler. Les données de TRM Labs désignent pourtant un autre rôle: les stablecoins en euros trouvent une fonction plus proche des paiements européens, du règlement interentreprises et de la liquidité pour les actifs tokenisés que du trading retail.

L’euro n’a pas besoin de copier USDT pour peser. Il doit devenir utile là où le dollar génère des frictions: paiements intra-zone euro, gestion de trésorerie d’entreprise, règlement continu 24h/24 et transactions entre banques, exchanges et clients professionnels.

Volume mensuel stablecoins EUR, millions USD

Source: TRM Labs, Q1 2026 Global Crypto Adoption Index

EUR Stablecoin Monthly Volume, USD Millions

Figures refer to retail VASP attributed EUR stablecoin volume.

Qivalis: les banques européennes entrent dans la partie

C’est là qu’intervient Qivalis. Le consortium soutenu par UniCredit, Banca Sella, ING, BNP Paribas et CaixaBank vise un lancement de stablecoin en euros au second semestre 2026. UniCredit a précisé que l’objectif est de permettre des paiements quasi instantanés, des paiements programmables et le règlement d’actifs numériques.

Le sens est clair: si les stablecoins restent cantonnés aux exchanges, l’Europe arrivera trop tard. S’ils s’intègrent dans les flux d’entreprise, les marchés tokenisés et les paiements transfrontaliers, le rapport de force change réellement. Pour la France, dont les acteurs comme BNP Paribas participent directement à Qivalis, c’est aussi un enjeu de souveraineté financière face au dollar.

SpazioCrypto a déjà analysé le rôle d’UniCredit et Banca Sella dans Qivalis ainsi que le projet français de contester la domination du dollar. Les nouvelles données de TRM Labs ajoutent un élément décisif: au-delà du projet politique, il existe une demande de marché réelle.

La BCE reste prudente

Cette croissance ne fait pas l’unanimité. Christine Lagarde a déclaré le 8 mai que le dossier des stablecoins en euros est moins solide qu’il n’y paraît. La présidente de la BCE redoute des ruées aux remboursements en période de stress et préfère les dépôts bancaires tokenisés, jugés plus proches du système de crédit traditionnel.

La tension est nette. D’un côté, des banques et des fintechs qui veulent construire de la monnaie numérique privée sous le cadre MiCA. De l’autre, la BCE, qui refuse de perdre la maîtrise de la transmission de la politique monétaire. L’Europe veut innover, mais sans que la corde ne soit tirée trop loin.

Ce que cela signifie pour les acteurs francophones

Pour les entreprises françaises et les acteurs de l’Afrique francophone, un stablecoin en euros réglementé représente une opportunité concrète: paiements fournisseurs transfrontaliers moins coûteux, gestion de trésorerie programmable, règlement continu et accès conforme aux actifs réels tokenisés. En Afrique de l’Ouest, où le franc CFA reste lié à l’euro, un stablecoin EUR accessible pourrait aussi simplifier les transferts internationaux sans passer par des corridors de remises coûteux.

Le prochain jalon à surveiller est le second semestre 2026, quand Qivalis vise son lancement et que Circle continuera de promouvoir EURC comme option conforme à MiCA. Selon TRM Labs, le marché atteignait déjà 777 millions de dollars mensuels en mars 2026. Pas suffisant pour défier le dollar. Assez pour confirmer que l’euro on-chain n’est plus une note de bas de page.

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