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Blacklist MiCA: 165 signalements sur 167 viennent de la Consob

Dans le registre ESMA, 165 signalements sur 167 viennent de la Consob italienne. Ce chiffre ne prouve pas que les fraudes crypto sont italiennes: il révèle un…

4 min read Comment nous travaillons

Le chiffre qui surprend n'est pas que 99 % des plateformes crypto illégales en Europe soient italiennes. Le fait vérifié est autre: dans le registre ESMA des prestataires crypto non conformes, 165 enregistrements sur 167, soit 98,8 % du total, ont été transmis par la Consob, selon les données du fichier officiel NCASP.csv. Cette disproportion ne cartographie pas la géographie des fraudes; elle révèle à quel point l'application nationale de MiCA reste fragmentée à l'échelle européenne.

Ce que l'on appelle informellement la «blacklist crypto MiCA» est en réalité le registre non exhaustif prévu par l'article 110 du règlement. L'ESMA collecte les informations reçues des autorités compétentes nationales et met périodiquement à jour le fichier. Figurer dans ce registre signifie qu'une autorité a transmis un signalement; en être absent ne signifie pas être autorisé ou fiable.

Que contient vraiment le registre ESMA

Le fichier officiel NCASP.csv, mis à jour au 21 août 2026, contient 167 lignes. La répartition par autorité signataire révèle une distribution extrême: 165 enregistrements imputables à la Consob italienne, un à l'Autorité des marchés financiers néerlandaise (AFM) et un à la Banque nationale de Slovaquie. Trois autorités nationales seulement apparaissent donc dans cette photographie actuelle.

Le périmètre juridique est plus précis que la formule générique «opérateurs sans licence». L'article 59 de MiCA interdit de fournir des services sur crypto-actifs dans l'Union sans autorisation ou sans appartenir aux entités financières habilitées par l'article 60. L'article 61 encadre quant à lui la reverse solicitation: une entreprise d'un pays tiers ne peut servir un client européen que lorsque l'initiative provient exclusivement de ce client, sans démarchage ni sollicitation préalable dans l'UE.

Les 98,8 % ne mesurent pas où se trouvent les opérateurs illégaux

Le risque éditorial le plus sérieux consiste à transformer ce décompte en classement géographique de l'exercice illégal. Le CSV indique quelle autorité a transmis chaque enregistrement; il ne prouve pas que les entités signalées sont établies en Italie. Si l'on prend comme référence les 30 juridictions de l'Union européenne et de l'Espace économique européen, le fichier contient des lignes rattachées aux autorités de trois pays seulement. Les 27 autres, dont l'Allemagne et la France avec son AMF, n'apparaissent pas comme autorités signataires dans cette version du jeu de données.

Ce constat ne permet pas de conclure que ces marchés sont exempts d'opérateurs abusifs ou dépourvus d'activité de surveillance. L'ESMA précise que le registre est non exhaustif, mis à jour chaque semaine, et qu'il reflète uniquement les informations reçues des autorités nationales. Pour interpréter correctement ces archives, il est utile de distinguer le fichier des non-conformes du registre ESMA des opérateurs autorisés, qui répond à une question différente.

Blacklist MiCA: état des lieux au 21 août 2026
Source: ESMA, NCASP.csv; traitement SpazioCrypto
  • 167 enregistrements au total
    dans le registre des prestataires crypto non conformes.
  • 165 transmis par la Consob
    soit 98,8 % de l'intégralité du fichier ESMA.
  • Trois autorités représentées
    la Consob, l'AFM néerlandaise et la banque centrale slovaque.

Pourquoi la Consob pèse autant dans ce registre

Le fichier ESMA n'explique pas les raisons de cette disproportion. Le chiffre est cohérent avec le profil d'une autorité italienne particulièrement active dans l'utilisation de ses pouvoirs contre l'exercice illégal en ligne. SpazioCrypto a déjà retracé l'offensive de la Consob contre les sites financiers et crypto non autorisés, en distinguant les pouvoirs généraux issus du Decreto Crescita de ceux spécifiques introduits par MiCAR.

Au 11 août 2026, la Consob déclarait avoir bloqué 1 805 sites financiers depuis juillet 2019. Ce total recouvre des catégories diverses et ne peut pas être comparé directement aux 165 enregistrements du fichier MiCA, qui recense des entités et peut associer plusieurs domaines à une même ligne. Il atteste néanmoins l'existence d'un dispositif national de surveillance et d'intervention très actif. Cela ne démontre pas, à l'inverse, que les autres autorités européennes, dont l'AMF en France, soient inactives: des différences procédurales, des délais de transmission et des modalités de classification peuvent influer sur la représentation finale.

Comment vérifier si un prestataire est vraiment autorisé

Pour un utilisateur, la blacklist ne doit pas devenir une attestation à rebours. Ne pas trouver un nom dans le fichier des non-conformes n'offre aucune garantie. La vérification positive doit partir de la liste des CASP autorisés MiCA, en recherchant le nom de l'entité légale, l'autorité ayant délivré l'autorisation et les services précis que cette société est habilitée à fournir.

Il faut ensuite s'assurer que le domaine utilisé appartient bien à l'entité autorisée et consulter les éventuelles communications de l'autorité nationale compétente. Une licence obtenue dans un État membre peut être utilisée dans l'UE grâce au passeport européen, mais cela n'élimine pas toutes les obligations locales, comme le montre notre analyse sur les obligations du marché crypto au-delà de MiCA. En France, le cadre PSAN géré par l'AMF coexiste avec MiCA durant la période de transition, ce qui ajoute une couche de vérification pour les investisseurs français.

Une lecture plus large de l'enforcement européen

MiCA a créé un règlement commun, mais le rapport 165 sur 167 montre que la visibilité de l'enforcement dépend encore largement des autorités nationales. Un registre européen alimenté presque exclusivement par un seul superviseur risque d'être très informatif sur ce qui se passe dans cette juridiction et presque muet sur le reste du marché.

La conclusion n'est pas que l'Italie héberge la quasi-totalité des opérateurs illégaux en Europe. C'est que le système européen de signalement ne fournit pas encore une photographie homogène. La blacklist est utile pour savoir qui a été signalé, mais elle est peu fiable lorsqu'on l'utilise pour déduire qui est sûr. Pour cela, il faut consulter le registre positif des autorisés, lu conjointement avec les décisions des autorités nationales et vérifié à la date la plus récente disponible.

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