La Banca d'Italia resserre les obligations de contrôle que les prestataires de services sur crypto-actifs doivent appliquer pour respecter les sanctions internationales, avec un principe clair: aucun montant n'est trop faible pour échapper à la vérification. Dans une communication publiée le 7 septembre 2026, l'autorité rappelle les fournisseurs de services sur crypto-actifs, les CASP, à l'obligation de soumettre chaque transfert à un screening, sans qu'aucun seuil minimum ne permette d'exclure les opérations de faible montant. Les contrôles crypto liés aux sanctions deviennent un impératif opérationnel quotidien, et non plus un principe théorique.
La nouvelle est technique, mais sa portée concrète est considérable pour tout acteur du secteur. Après la phase d'obtention des autorisations prévues par les nouvelles règles européennes, le curseur se déplace: les opérateurs doivent désormais prouver que leur infrastructure est réellement capable d'intercepter les personnes sanctionnées, à chaque transfert. Voici ce qu'exige précisément la Banca d'Italia et pourquoi cela compte.
Ce que demande la Banca d'Italia
Le cœur de la communication repose sur un rappel aux orientations de l'Autorité bancaire européenne (ABE), qui encadrent en détail les contrôles applicables aux transferts de fonds et de crypto-actifs. Ces orientations imposent aux opérateurs de soumettre à un screening automatique, c'est-à-dire à une vérification contre les listes de personnes sanctionnées, l'émetteur comme le bénéficiaire de chaque transfert, et ce avant l'exécution de l'opération. La règle s'applique aussi bien aux relations continues avec la clientèle qu'aux opérations occasionnelles.
Mais le point sur lequel la Banca d'Italia attire spécifiquement l'attention est d'ordre opérationnel: les intermédiaires doivent s'assurer que leurs systèmes informatiques ne comportent aucun seuil de montant minimum qui exclurait automatiquement les opérations les plus faibles du screening. Autrement dit, configurer un système pour que les transferts inférieurs à un certain montant passent sans vérification n'est pas admis. Chaque transfert, quelle que soit sa valeur, doit être soumis au contrôle. L'autorité demande par ailleurs aux opérateurs de vérifier que leurs systèmes sont correctement paramétrés et calibrés conformément aux orientations européennes.
«Même un euro doit-il être contrôlé?» La réponse, avec précision
La question est provocatrice mais légitime: un transfert de quelques euros en cryptomonnaie doit-il vraiment être contrôlé? La réponse est oui, mais elle mérite d'être précisée pour éviter tout malentendu. Cela ne signifie pas que chaque transaction soit bloquée, ralentie ou analysée manuellement par un agent: ce serait impraticable et paralyserait le système.
Cela signifie quelque chose de plus subtil: aucun seuil monétaire ne peut exclure automatiquement une transaction du périmètre des contrôles prévus. Le screening est un processus automatisé qui compare l'émetteur et le bénéficiaire aux listes de personnes sanctionnées, et cette comparaison doit pouvoir s'appliquer à toute opération, indépendamment du montant. La logique est limpide: une personne sanctionnée pourrait tenter de contourner les contrôles en fractionnant ses mouvements en de nombreuses petites opérations inférieures à un hypothétique seuil de sécurité. Supprimer ce seuil ferme cette voie de contournement. Il convient de signaler, par souci d'exhaustivité, une exception technique prévue par les règles européennes pour les virements instantanés: en raison de leur rapidité extrême, une vérification préventive de la clientèle à fréquence au moins quotidienne est admise pour ces opérations, en lieu et place d'un contrôle opération par opération.

De la réglementation abstraite à la conformité quotidienne
Le véritable sens de cette communication réside dans le changement de phase qu'elle marque pour l'ensemble du secteur. Pendant des années, le débat sur la réglementation des crypto-actifs a été largement théorique, centré sur les grands principes et l'architecture des règles. Puis est venue la phase des autorisations, avec des opérateurs mobilisés pour obtenir le feu vert nécessaire à l'exercice de leur activité dans le cadre du règlement européen MiCA. Le secteur entre aujourd'hui dans une troisième phase, la plus concrète: celle de la conformité opérationnelle au quotidien.
Le message implicite de la Banca d'Italia est clair: obtenir une autorisation ne suffit plus. Les opérateurs doivent démontrer, dans les faits et chaque jour, que leurs systèmes fonctionnent réellement comme prévu, en interceptant les personnes sanctionnées à chaque transfert. C'est précisément la confirmation d'un principe que nous avions mis en évidence en analysant l'extension des sanctions UE aux services crypto: être conforme à MiCA et respecter les sanctions sont deux obligations distinctes et parallèles. Cette communication en est le chapitre opérationnel, et confirme que la conformité dans le secteur crypto est désormais faite de plusieurs niveaux superposés, comme l'illustrent également les obligations du marché crypto en Europe.

La lecture plus large: crypto et finance traditionnelle, même cadre
Cette communication, aussi technique soit-elle, illustre l'intégration croissante des crypto-actifs dans le système de règles de la finance traditionnelle. Les actifs numériques ne constituent plus un univers à part, régi par des normes propres et plus permissives. Ils sont désormais soumis aux mêmes obligations de contrôle rigoureuses que les banques et les établissements de paiement, y compris les règles complexes sur les sanctions internationales. Pour les acteurs français du secteur, le parallèle avec les exigences de l'AMF (Autorité des marchés financiers) et du cadre PSAN est direct: la conformité aux sanctions s'ajoute aux enregistrements déjà requis, sans s'y substituer.
La leçon est double. D'un côté, pour les opérateurs du secteur, le défi n'est plus seulement technologique ou commercial, mais aussi de conformité: se doter de systèmes robustes et correctement calibrés pour respecter des obligations toujours plus exigeantes est devenu un coût et une responsabilité incontournables, qui distinguent les acteurs sérieux des improvisateurs. De l'autre côté, pour l'utilisateur ordinaire, cette évolution est en définitive une garantie: savoir que les plateformes sur lesquelles il opère sont soumises à des contrôles aussi rigoureux que ceux des banques renforce la sécurité et la légitimité de l'ensemble de l'écosystème. La voie vers la pleine maturité du secteur passe par ces obligations peu spectaculaires mais fondamentales, qui transforment les crypto-actifs d'une frontière non balisée en une composante réglementée du système financier. Pour mieux comprendre le cadre réglementaire en vigueur, notre guide sur ce que sont les crypto-actifs reste une ressource utile.



