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L'Allemagne à la traîne dans la course technologique à l'IA

L'Allemagne dépend de 11 milliards de dollars d'importations technologiques nettes en 2025, selon l'IFO. Un rapport bavarois dresse un bilan sévère sur le…

3 min de lecture Comment nous travaillons

L'Allemagne manquerait de plusieurs conditions essentielles pour tirer parti de l'immense potentiel de croissance lié à l'intelligence artificielle. C'est la conclusion d'une analyse menée ces derniers mois par l'institut IFO, le Leibniz Institute for Economic Research at the University of Munich, commandée par la Chambre de l'Industrie et la Chambre de Commerce de Munich et de Haute-Bavière. Dans le plus riche des Länder allemands, les inquiétudes sur la capacité du pays à s'adapter au changement étaient sérieuses. Les faits les ont confirmées.

Le changement dépasse les politiques

«L'industrie high-tech est encore trop petite en Allemagne. La numérisation de l'administration publique a progressé, mais ces avancées restent insuffisantes et le système éducatif ne s'adapte pas assez vite aux bouleversements introduits par l'intelligence artificielle.»

C'est ce qu'a déclaré Oliver Falck, directeur de l'IFO Center for Economics of Innovation and Digital Transformation, lors de la présentation du rapport. Le secteur des technologies de l'information et de la communication ne représente que 4,6% de la valeur ajoutée brute allemande, selon les données de l'IFO, alors que ce secteur est précisément celui qui accélère le plus sous l'impulsion de l'IA.

Une part aussi faible relègue le pays, longtemps surnommé locomotive de l'Europe, dans le bas du classement européen de la prédisposition à la transformation numérique. En 2025, selon le rapport IFO, l'Allemagne a importé des services technologiques pour une valeur supérieure de 11 milliards de dollars à celle de ses exportations dans ce domaine.

«Aucun autre pays de l'Union européenne ne dépend autant de l'étranger dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. L'Allemagne est trop étroitement liée aux importations dans ce secteur.»

Christian Pfaffl, chercheur à l'IFO et co-auteur du dossier, a insisté sur ce point lors de la publication de l'étude. Pour un pays dont le modèle économique repose historiquement sur l'exportation industrielle, cette dépendance numérique représente une vulnérabilité nouvelle et préoccupante.

Numérisation quasi nulle dans l'administration

Alors que plusieurs pays de l'Union, dont la France avec ses investissements dans le cadre du plan France 2030 et l'Italie via le PNRR, ont financé des projets de numérisation, l'Allemagne a longtemps négligé cet aspect, comme le souligne l'IFO. L'AMF et d'autres institutions françaises ont d'ailleurs commencé à expérimenter des outils d'IA pour le traitement réglementaire, là où Berlin reste à l'écart.

Le retard est particulièrement frappant du côté de l'administration publique. Sur ce front, l'Allemagne n'a enregistré que des progrès marginaux au cours des quinze dernières années, malgré le fait que c'est précisément là que l'intelligence artificielle offre les améliorations les plus visibles pour les entreprises et les citoyens. La grande quantité de données administratives déjà disponibles pourrait être exploitée par des modèles d'IA pour être triée et synthétisée.

Berlin se trouve encore dans une phase expérimentale: la disponibilité de formulaires pré-remplis reste très faible, voire inexistante dans certains Länder. Des solutions de ce type sont pourtant largement répandues dans des pays voisins comme les Pays-Bas, le Danemark, la Pologne et l'Autriche. Ce retard est révélateur de la position en recul de l'Allemagne dans la course aux infrastructures IA. Si toute l'Europe accuse un certain retard, il est surprenant que le cas le plus alarmant soit celui d'un pays économiquement aussi avancé.

Les compétences numériques en souffrance

Quand un pays est peu avancé sur le plan numérique, ses habitants le sont souvent aussi dans l'usage des nouvelles technologies. Les compétences au-delà du niveau de base sont loin d'être développées en Allemagne: l'expertise informatique allemande se situe nettement en dessous de la moyenne de l'Union européenne.

Selon le rapport IFO, 40% des élèves en huitième année de scolarité ne parviennent pas au niveau 2 en compétences informatiques et en gestion de l'information numérique. Un chiffre qui interpelle, surtout comparé aux performances de la Finlande ou des Pays-Bas, régulièrement en tête des classements européens en littératie numérique.

«Les applications de l'intelligence artificielle se diffusent rapidement, mais trop de personnes ne possèdent pas les connaissances nécessaires pour les utiliser de façon productive.»

Falck pointe ainsi une lacune endémique en compétences qui se traduit par une moindre ouverture aux usages nouveaux. La Commission européenne, par la voix d'Ursula von der Leyen, a exprimé sa volonté de multiplier ses efforts et d'investir davantage dans la technologie. Si ces intentions se concrétisent, tous les États membres pourraient en bénéficier, Allemagne comprise. Ce serait une impulsion bienvenue pour un pays, et un continent, qui doivent impérativement rattraper leur retard dans ce domaine, sous peine de développer une dépendance totale vis-à-vis des États-Unis ou de la Chine. Une telle dépendance exposerait l'Europe à une vulnérabilité stratégique majeure en politique étrangère.

Pour les investisseurs et acteurs de la tech en France et en Afrique francophone, ce diagnostic allemand a une résonance particulière: si la première économie de la zone euro peine à pivoter vers le numérique, la pression sur Paris et Bruxelles pour combler le fossé n'en sera que plus forte. Les prochains arbitrages budgétaires de la Commission sur les fonds dédiés à l'IA seront, à ce titre, décisifs.

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