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IA : pourquoi les alertes ne freinent pas les milliards d'investissements

Les appels à freiner l'IA, de Sanders à Anthropic, ne ralentissent pas les investissements. Pourquoi les capitaux continuent de miser sur l'IA générative.

4 min de lecture Comment nous travaillons

Les signaux d'alarme sur l'intelligence artificielle se multiplient avec une intensité croissante. Le sénateur Bernie Sanders a récemment déposé un projet de loi visant à geler le développement de l'IA, une initiative portée par l'appel du PDG d'Anthropic et par les avertissements du gouverneur de la Banque d'Angleterre sur la menace que l'IA fait peser sur la finance mondiale.

Deux camps s'affrontent. D'un côté, ceux qui redoutent un développement incontrôlé. De l'autre, des investisseurs qui ne partagent pas ces craintes. Parmi eux, Vitalik Buterin, cofondateur d'Ethereum, qui soutient que l'IA ne menace pas les cryptomonnaies et rejette les positions de Dario Amodeo, PDG d'Anthropic, ainsi que celles du sénateur Sanders.

Selon James Ooi, analyste chez Tiger Brokers, la majorité des investisseurs capables d'agir reste alignée sur la vision de Buterin. Les investissements dans les modèles génératifs continuent sans fléchissement, même dans un contexte où le débat sur les risques de l'IA s'intensifie.

Ce qui attire les investisseurs dans l'IA

Malgré les avancées spectaculaires des derniers mois, le secteur dispose encore d'une marge de progression considérable. Les analystes anticipent un déplacement du centre de gravité: l'accent devrait passer de l'entraînement de nouveaux modèles toujours plus puissants vers l'expansion des capacités d'inférence des modèles actuels, ainsi qu'une amélioration de leur fiabilité globale.

Cette tendance haussière était perceptible dès le début de l'année. Antonio Tognoli, responsable de la communication et des macroanalyses chez CFO SIM, a déclaré à BlueRating que «le secteur s'est confirmé comme l'un des plus solides et des plus dynamiques du marché, avec des bénéfices qui ont continué à soutenir cette vision» depuis le 1er janvier. Du côté français, l'AMF observe avec attention les flux de capitaux vers les acteurs de l'IA générative, un segment qui échappe encore à toute réglementation européenne spécifique.

La position de Trump

Donald Trump a répondu sans ambiguïté à Anthropic et à ses partisans. Face à la demande de freiner, voire d'interdire légalement certains développements en IA, le président américain a choisi le camp de l'accélération. Sa formule est lapidaire: «Celui qui gagne dans l'IA gagne tout.» Il a précisé sa pensée:

«Bien qu'il soit indéniable que certains risques existent, il y aura au final beaucoup plus d'aspects positifs que négatifs. Je l'ai dit dès le début: l'IA est une ressource, et nous sommes nettement en tête de son développement.»

Cette déclaration s'inscrit dans un contexte géopolitique précis. Les États-Unis redoutent que la Chine ne comble rapidement son retard, notamment sur le terrain des agents IA autonomes, une technologie que Washington tend à sous-estimer au profit du seul renforcement des modèles. Quand on perçoit le progrès technologique comme une course, on ne coupe pas l'alimentation de son moteur en pleine compétition.

Trump dispose d'un levier d'influence considérable sur les marchés. En maintenant son soutien à la croissance du secteur, il oriente naturellement de nombreux investisseurs américains et occidentaux vers les valeurs IA, amplifiant des dynamiques déjà puissantes.

Perspectives à court terme: un frein peu probable

Dans l'état actuel des choses, il paraît très improbable que les appels de Sanders, d'Amodeo chez Anthropic, d'Elon Musk ou de Sam Altman, l'un des créateurs de ChatGPT, soient entendus. Le potentiel de l'IA semble trop vaste pour être contenu, et les détenteurs de capitaux importants ne souhaitent pas manquer l'occasion de financer ce qui pourrait représenter une révolution technologique majeure.

Aujourd'hui, la quasi-totalité des internautes utilise déjà des outils basés sur l'IA. Si la technologie devenait encore plus fiable et sophistiquée, elle pourrait s'imposer comme un assistant quotidien pour 100 % des personnes connectées à internet. Compte tenu du fait que chacun possède un smartphone et se connecte au moins une fois par jour, la perspective de tirer de bons dividendes du financement de cette technologie reste indéniablement séduisante. Peu importe que ceux qui ont expérimenté de près le potentiel de l'IA conseillent de ralentir sa croissance exponentielle.

L'opinion de Trump est vraisemblablement partagée par une large frange de l'opinion, d'autant que le camp adverse reste divisé. Une partie non négligeable des sceptiques estime que les appels au ralentissement sont, en réalité, une opération de communication calculée, visant à cristalliser les rapports de force existants et à avantager les acteurs déjà dominants.

David Sacks, ancien conseiller de Donald Trump pour l'intelligence artificielle et toujours influent à la Maison-Blanche malgré sa démission, incarne ce courant de pensée. Il a déclaré:

«Arrêtez de prétendre qu'il s'agit d'une initiative altruiste. Ce sont des entreprises massivement exposées à des procédures de responsabilité civile si leurs produits rendaient possible une cyberattaque dévastatrice. Les dirigeants veulent protéger leurs postes et leurs portefeuilles.»

Cette prise de position a recueilli un écho considérable. Une part importante du Parti républicain, au pouvoir à Washington, s'oppose fermement à toute réglementation plus contraignante. Les alliés de Trump craignent que chaque frein imposé nuise à l'innovation américaine et profite à la Chine. Pour les investisseurs européens, y compris ceux opérant dans des cadres régulés comme le PSAN français, la question n'est pas de savoir si l'IA sera régulée, mais à quelle vitesse les capitaux se repositionneront une fois les règles du jeu clarifiées.

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