Un point de pourcentage. C'est l'écart qui sépare désormais Londres de Bruxelles sur les stablecoins, et cet écart pourrait suffire à provoquer une migration d'émetteurs à travers la Manche.
La Financial Conduct Authority a publié son règlement crypto définitif en taillant de moitié l'exigence de capital imposée aux émetteurs: elle passe de 2% à 1% de la valeur en circulation, selon le document officiel de la FCA publié en juin 2026. Exactement la moitié de ce qu'exige la MiCA.
Ce que la FCA a décidé
Concrètement, la réduction du ratio de fonds propres est le titre, mais la révision va plus loin. La FCA a supprimé l'obligation de prévision des remboursements, annulé certaines communications publiques obligatoires et accordé davantage de temps aux émetteurs pour restituer les fonds aux clients qui rachètent leurs actifs. Le backing 1:1 et les protections fiduciaires légales restent en place.
Le régulateur parle d'un régime plus proportionné, pour ne pas perdre en compétitivité face aux places concurrentes. David Geale, responsable des paiements et de la finance numérique à la FCA, a reconnu lors de la publication du texte que les exigences initiales étaient trop élevées par rapport aux réalités du marché. Aux exchanges, par ailleurs, il est demandé de mettre de côté 40% du capital de trading en couverture des pertes éventuelles. Le cadre institutionnel complet est disponible sur le site de la FCA.
Royaume-Uni et Union européenne: comparaison
Source: FCA, Banque d'Angleterre et MiCA, juin 2026
Royaume-Uni (FCA et Banque d'Angleterre)
- Capital des émetteurs à 1% de la valeur en circulation
- Aucun plafond de détention individuelle
- Régime opérationnel à partir d'octobre 2027
Union européenne (MiCA)
- Capital des émetteurs à 2% de la valeur en circulation
- Règles plus strictes sur les réserves, les remboursements et la divulgation
- En vigueur pour les stablecoins depuis 2024
Le plafond qui n'existe plus
Le second mouvement pèse autant que le premier. La Banque d'Angleterre a abandonné le plafond de 20 000 livres sterling de détention individuelle, en le remplaçant par une limite d'émission de 40 milliards de livres sterling par stablecoin et une réserve partagée entre obligations d'État et dépôts, selon le document officiel de la Bank of England de juin 2026. Pour un desk de trading ou une trésorerie d'entreprise, un plafond de 20 000 livres était une contrainte rédhibitoire. Sans ce plafond, les stablecoins britanniques deviennent des instruments utilisables à grande échelle. Les détails sont disponibles sur le site de la Banque d'Angleterre.
Le défi lancé à la MiCA
La direction est clairement assumée: rendre Londres moins coûteuse que Bruxelles et attirer les émetteurs qui auraient autrement opté pour une entité autorisée sous MiCA. C'est la même logique compétitive qui anime Washington avec son propre dispositif sur les stablecoins, illustrée par le GENIUS Act.
L'Europe, de son côté, ne cédera pas facilement du terrain. La révision de la MiCA est en cours, mais avec la BCE concentrée sur l'euro numérique, un assouplissement des règles sur les stablecoins paraît peu probable. Une divergence nette s'ouvre entre les deux rives de la Manche, avec Washington comme troisième pôle d'attraction.
Pour les acteurs de la zone francophone africaine, notamment au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou au Maroc, ce tournant réglementaire britannique mérite attention: les stablecoins en livres sterling autorisés sous le régime FCA pourraient offrir des alternatives aux solutions libellées en euros soumises à la MiCA, dans des contextes où l'accès aux services financiers reste un enjeu central.
Ce qui change, et où se situe le risque
Pour les émetteurs, le calcul est direct: à Londres, le coussin de capital coûte deux fois moins cher. Mais deux contrepoids méritent attention. Le premier, c'est le temps: le régime britannique entre en vigueur en 2027, avec près de trois ans de retard sur la MiCA, tandis que le cadre européen est opérationnel et éprouvé, comme en témoigne la course aux licences CASP.
Le second, c'est la substance: un coussin à 1% est deux fois plus mince qu'un coussin à 2%, ce qui laisse moins de marge si quelque chose tourne mal. Moins de contraintes signifie plus de compétitivité, mais aussi moins de filet de sécurité. La course entre Londres, Bruxelles et Washington se jouera précisément sur cet équilibre entre coût et confiance. Pour l'AMF et les acteurs PSAN en France, la question de la convergence réglementaire avec le Royaume-Uni post-Brexit reste entière.
Contenu à titre informatif, non un conseil financier. Les stablecoins comportent des risques spécifiques, notamment liés à la qualité des réserves et à la solidité de l'émetteur.
