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La Bourse de Londres tokenise 100 actions avec Kraken: révolution on-chain

La Bourse de Londres tokenise ses 100 plus grandes actions avec la maison mère de Kraken: ce n'est plus un exchange crypto, mais l'infrastructure officielle…

La tokenisation des actions, c'est-à-dire leur transformation en jetons numériques sur blockchain, franchit une étape décisive. Ce n'est plus seulement un exchange de cryptomonnaies qui crée des versions numériques de titres connus: c'est l'une des institutions financières les plus anciennes et les plus prestigieuses au monde, la Bourse de Londres, qui entre directement dans ce territoire. Via un accord avec la société mère de Kraken, l'un des principaux exchanges crypto, le London Stock Exchange Group va porter sur blockchain les actions de ses cent plus grandes sociétés cotées.

graphique tokenized rwas
Graphique des actifs réels tokenisés (RWA)

C'est une nouvelle au fort poids symbolique: elle marque le moment où la tokenisation cesse d'être l'affaire exclusive du monde crypto pour intégrer l'infrastructure officielle des marchés financiers traditionnels. La question que soulève cet événement est fascinante. Sommes-nous en train d'assister au passage de la tokenisation des exchanges crypto vers les Bourses officielles? Voyons ce que prévoit l'accord et pourquoi il revêt une telle importance, notamment pour les investisseurs européens concernés par le cadre MiCA.

London Stock Exchange to launch UK tokenised equity structures and announces partnership with Payward to explore tokenised public equity markets
London Stock Exchange today announces plans to launch UK tokenised equity structures and forms a partnership with Payward,

Ce que prévoit l'accord

Concrètement, l'accord prévoit que les actions des cent plus grandes entreprises cotées à Londres soient transformées en tokens numériques, adossés un pour un aux actions réelles sous-jacentes, sous une marque déjà existante et active dans le secteur. Ces tokens seront négociables vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pourront être conservés dans des portefeuilles numériques personnels et utilisés dans des applications blockchain, offrant une flexibilité qu'une action traditionnelle, enfermée dans un compte de courtage, ne peut tout simplement pas offrir. Les premiers produits devraient arriver dans les prochaines semaines, avec une accessibilité prévue pour les investisseurs de plus de cent pays.

Il y a cependant un détail aussi curieux que significatif: du moins dans un premier temps, ces tokens sur actions britanniques ne seront pas disponibles pour les investisseurs du Royaume-Uni eux-mêmes, exclus pour des raisons réglementaires. Un petit paradoxe qui illustre bien la complexité normative du secteur. Dans une phase ultérieure, sous réserve de l'approbation des autorités de contrôle, la Bourse de Londres prévoit de soutenir ces tokens sur sa nouvelle plateforme de négociation à horaires étendus, un projet conçu pour allonger considérablement les heures de marché, dont l'entrée en service est attendue pour 2027.

Press release | Payward and London Stock Exchange to Partner on Equity Tokenization
Payward will tokenize the top 100 London-listed equities as xStocks, and, subject to regulatory approval, the London Stock Exchange will support xStocks trading on LSE 24.

La partie la plus révolutionnaire: les actions natives on-chain

Si la tokenisation d'actions existantes est déjà remarquable en soi, l'aspect le plus révolutionnaire de l'accord regarde encore plus loin. Les deux sociétés ne se limiteront pas à créer des copies numériques d'actions traditionnelles: elles entendent étudier la possibilité d'émettre des actions «natives» directement sur blockchain, via l'infrastructure même de la Bourse. Il s'agirait de titres nés numériques dès l'origine, dotés des mêmes droits et de la même validité que les actions classiques.

graphique volume cumulé xstocks
Graphique du volume cumulé des xStocks

C'est là la véritable frontière. Prendre une action existante pour en créer une représentation sur blockchain est une chose; que des entreprises puissent émettre leurs propres actions directement sous forme numérique, en les intégrant pleinement au système, en est une autre, bien plus profonde. Cela signifierait repenser de fond en comble le fonctionnement des marchés de capitaux, en les rendant nativement numériques. La dirigeante à la tête de la Bourse de Londres a souligné que la tokenisation a le potentiel de transformer la façon dont les investisseurs accèdent aux marchés et dont les entreprises les utilisent, à condition de se développer en préservant la confiance, les droits et le rôle des marchés réglementés. C'est un équilibre délicat entre innovation et protection, et voir l'une des Bourses les plus anciennes du monde se fixer cet objectif est en soi un signal puissant. Du reste, ce mouvement des infrastructures officielles, on l'avait déjà observé avec le projet de la Banque Centrale Européenne pour réguler les actifs tokenisés.

Un élément d'un mouvement plus large

Cette initiative de la Bourse de Londres n'est pas un événement isolé, mais la énième pièce, et sans doute la plus emblématique, d'une tendance qui s'accélère dans l'ensemble de la finance mondiale. Il y a quelques jours à peine, nous rapportions comment un grand exchange américain avait porté on-chain les actions des géants technologiques américains, une démarche dont nous avons analysé les forces et les limites dans notre article sur Coinbase et les actions tokenisées. Et la même société mère de Kraken, protagoniste de cet accord, est aussi au cœur des négociations pour introduire les perpétuels d'Hyperliquid sur le marché réglementé américain.

Press release | Payward and London Stock Exchange to Partner on Equity Tokenization
Payward tokenisera les 100 principales actions cotées à Londres sous forme de xStocks et, sous réserve d'approbation réglementaire, la Bourse de Londres prendra en charge les échanges de xStocks sur LSE 24.

Ce qui distingue fondamentalement ce cas, et ce qui en fait toute la singularité, c’est l’identité de celui qui prend l’initiative. Dans les précédents accordés, c’étaient des acteurs du secteur crypto qui construisaient des passerelles vers la finance traditionnelle. Ici, c’est la finance traditionnelle dans sa forme la plus institutionnelle, une Bourse forte de plus de trois siècles d’histoire, qui fait le pas vers la blockchain. Un renversement de perspective majeur: ce n’est plus la crypto qui frappe à la porte de la finance, c’est la finance qui ouvre la porte à la crypto et en adopte les outils. Ce mouvement rappelle combien la tokenisation s’enracine aussi en Europe continentale, comme l’illustre le cas du premier obligation tokenisée réglée en monnaie de banque centrale.

La portée réelle de cet accord

L’entrée de la Bourse de Londres dans la tokenisation des actions constitue un tournant qui dépasse largement un simple partenariat commercial. C’est la validation définitive, au cœur même de la finance traditionnelle, d’une technologie née à ses marges. Quand une institution vieille de plusieurs siècles décide de porter ses actifs les plus précieux, les actions de ses plus grandes entreprises, sur la blockchain, elle affirme de fait que cette technologie représente l’avenir des marchés de capitaux, et non une tendance éphémère.

Pour l’observateur, l’enseignement est double. D’un côté, la tokenisation s’impose comme la tendance de fond la plus solide et la plus transversale du moment, capable de rapprocher deux mondes longtemps séparés, la finance traditionnelle et les crypto-actifs, au sein d’un écosystème plus efficient, continu et accessible. De l’autre, la prudence reste de mise: derrière la promesse d’un accès mondial et d’une négociation ininterrompue subsistent des points de friction essentiels, des autorisations réglementaires à la nature juridique précise de ces tokens, autant de questions qui invitent à la vigilance, comme il convient toujours lorsqu’on s’approche d’instruments nouveaux. La direction, pourtant, est désormais tracée sans ambiguïté: l’avenir des actions, et plus généralement des marchés financiers, sera de plus en plus on-chain. Et le fait que ce soient les institutions qui ont inventé ces marchés qui conduisent aujourd’hui cette transition constitue la preuve la plus convaincante que la révolution a bel et bien atteint sa pleine maturité.

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