La Corée du Sud, l'un des marchés crypto les plus actifs de la planète, a tranché: à partir du 1er janvier 2027, les gains sur les cryptomonnaies seront imposés. Après des années de reports successifs, le gouvernement a confirmé qu'il ne ferait pas marche arrière. Mais la vraie nouvelle, celle qui concerne aussi un investisseur français, n'est pas le taux. C'est un détail manquant, et il rapproche Séoul de Paris dans une erreur commune.
Car lorsqu'on examine comment la Corée du Sud a rédigé cette loi, on découvre un défaut structurel identique à celui qui pénalise les investisseurs crypto en France et dans une grande partie de l'Europe. Le comprendre aide à mieux lire nos propres règles fiscales.
Ce que la Corée du Sud a décidé
Partons des chiffres. À partir de 2027, les gains annuels sur les cryptomonnaies dépassant 2,5 millions de wons, soit environ 1 740 dollars selon les données de change actuelles, seront taxés à un taux combiné de 22%: un impôt national de 20% auquel s'ajoute une surtaxe locale de 2%. En dessous de ce seuil, rien n'est dû. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances Koo Yun-cheol l'a confirmé le 29 juillet devant le Parlement: «Nous procédons au plan de taxation des cryptomonnaies à partir de l'année prochaine, comme prévu.»
La mesure concerne un bassin immense, estimé à plus de 13 millions d'investisseurs. Elle intervient après une saga politique interminable: la taxe était initialement prévue pour 2022, reportée à 2025, puis à nouveau à 2027. Cette fois, le gouvernement semble déterminé à ne pas accorder un quatrième report, même si un projet de loi de l'opposition visant à l'abroger entièrement est encore bloqué en sous-commission.
Le détail qui manque, et qui irrite tout le monde
Voici le cœur du problème, le point que les critiques coréens contestent avec le plus de force. La loi, telle qu'elle est rédigée, ne permet pas de compenser les pertes. Concrètement: si un investisseur gagne 10 000 euros sur une opération et en perd 8 000 sur une autre au cours de la même année, il ne paiera pas sur ses 2 000 euros de gain net réel, mais sur la totalité de la plus-value, en ignorant la perte.
C'est un mécanisme que les détracteurs jugent profondément injuste, car il taxe un gain qui, dans la réalité du portefeuille de l'investisseur, est bien plus faible ou même inexistant. La classification retenue aggrave le problème: les crypto ne sont pas traitées comme de véritables plus-values mobilières, mais comme «autres revenus», une catégorie qui prive les investisseurs des protections accordées aux placements financiers traditionnels. Les opposants avertissent que cette approche poussera les traders coréens vers les plateformes étrangères et la finance décentralisée, hors du périmètre que l'État cherche à contrôler.
Le miroir français
C'est là que l'affaire devient intéressante pour les lecteurs français, car ce défaut résonne familièrement. En France, le régime fiscal des cryptomonnaies repose sur le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30%, parfois appelé «flat tax», applicable aux cessions à titre onéreux. Mais la gestion des moins-values reste rigide: elles ne sont compensables qu'avec des plus-values de même nature, et les règles déclaratives, encadrées par l'article 150 VH bis du Code général des impôts, restent lourdes pour les petits investisseurs. L'AMF et la DGFiP ont certes progressé dans la clarification du cadre, mais des zones d'ombre persistent.
La comparaison est instructive. La Corée du Sud appliquera un taux de 22%, inférieur au PFU français de 30%. Mais les deux systèmes partagent le même péché originel: ils traitent les investisseurs crypto de manière plus sévère que les investisseurs traditionnels, en pénalisant ceux qui subissent des pertes. C'est le signe de régimes fiscaux construits à la hâte, davantage pour renflouer les caisses et affirmer le contrôle que pour bâtir un système équitable et durable.
Corée du Sud et France en comparaison
Deux modèles fiscaux différents, un défaut commun
- Corée du Sud: 22% sur les gains au-delà de ~1 740$, à partir de 2027, sans compensation des pertes.
- France: PFU à 30% sur les plus-values, compensation des moins-values limitée à la même catégorie, obligations déclaratives lourdes.
La tendance mondiale
Au-delà des cas nationaux, cette actualité confirme une direction désormais irréversible. La période où les crypto représentaient un eldorado fiscal, une zone grise où les gains échappaient au fisc, est définitivement révolue. Marché après marché, les États construisent leur propre régime d'imposition. Les systèmes de traçabilité automatique, comme l'échange automatique d'informations prévu par le cadre DAC8 au sein de l'Union européenne, rendent l'évasion fiscale de plus en plus difficile.
La vraie question, désormais, n'est plus «si» les crypto sont taxées, mais «comment». Le cas coréen montre que le vrai terrain de confrontation sera l'équité: les gouvernements traiteront-ils les investisseurs numériques à l'égal des investisseurs traditionnels, avec le droit de compenser les pertes, ou continueront-ils à les considérer comme une source de revenus à maximiser? Car un système perçu comme injuste produit l'effet inverse de celui recherché: il pousse les capitaux vers l'étranger au lieu de les retenir.
La lecture globale
La décision de la Corée du Sud s'inscrit dans une mosaïque mondiale qui concerne directement les investisseurs francophones, qu'ils soient en France métropolitaine ou dans les pays d'Afrique francophone où l'adoption crypto progresse rapidement. Elle décrit un monde où les cryptomonnaies perdent leurs derniers attributs d'anarchie fiscale pour intégrer, à part entière, les systèmes d'imposition des États. C'est une maturation inévitable et, à bien des égards, saine.
Mais la leçon commune à Séoul et à Paris est que taxer ne suffit pas: il faut bien taxer. Un taux élevé ou un mécanisme qui ignore les pertes n'augmente pas les recettes fiscales, il les réduit, en incitant les investisseurs à migrer vers des juridictions plus favorables. Pour ceux qui investissent depuis la France, la conclusion pratique est claire: connaître les règles de son pays et savoir les comparer avec celles des autres est devenu une compétence indispensable. Les informations officielles sont disponibles sur le portail de la DGFiP et sur le site de l'AMF.



