Quatorze. C'est le nombre de plateformes de trading crypto pleinement autorisées sous MiCA dans toute l'Union européenne à quelques heures du 1er juillet 2026. L'Italie, mais aussi la France dans ses délais initiaux, ne figurent pas encore sur cette liste avec des licences complètes.
À cette date, la période transitoire du règlement se ferme définitivement. Toute entreprise qui fournit des services crypto à des clients européens sans licence opère en dehors du droit de l'UE. L'ESMA l'a précisé noir sur blanc dans sa communication du 17 avril: sans autorisation, pas d'accès au marché unique.
Sur le papier, pour qui achète du Bitcoin via une application, peu de choses changent. Dans les faits, ce qui change c'est qui a le droit de garder votre argent. Dix États membres, dont l'Italie, n'ont pas encore délivré une seule licence CASP, comme nous l'avons documenté dans notre analyse sur les 14 plateformes de trading autorisées dans toute l'Union.
En France, la supervision reste partagée entre l'AMF pour l'autorisation et la conduite de marché, et l'ACPR pour la conservation des actifs et le règlement. Le cadre officiel est consultable sur le registre PSAN et le nouveau dispositif PSCA prévu par MiCA.
Le risque le plus coûteux, pourtant, n'est pas le blocage d'une application. C'est autre chose, et il se paie en euros.
Le vrai coût, ce n'est pas MiCA: c'est le fisc
Déplacer ses crypto d'une plateforme en cours de fermeture vers un opérateur autorisé semble une opération technique. Dans bien des cas, ce ne l'est pas. Transférer entre ses propres wallets ne génère pas de plus-value imposable, mais vendre pour racheter ailleurs, si.
Et cette plus-value est soumise au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30% en France, selon les règles de la DGFiP. Le piège, c'est la précipitation: qui liquide ses positions sous la contrainte d'une deadline risque de transformer une simple migration en événement fiscal. La démarche sécurisée consiste à transférer ses actifs entre wallets personnels sans passer par une vente, en conservant les justificatifs d'acquisition pour chaque ligne.
De VASP à CASP: le goulot d'étranglement européen
Source: ESMA et registres nationaux VASP, 2024-2026 (données sectorielles, estimations)
Zéro licence CASP: que signifie-t-il pour un utilisateur français?
Concrètement, en Italie, la première autorisation CASP n'est arrivée qu'en mai, accordée à CheckSig après avis de la Banca d'Italia. Une hirondelle. La procédure complète prend entre douze et dix-huit mois: qui n'a pas déposé de dossier à temps ne passe pas la ligne.
Pour l'utilisateur, les conséquences sont concrètes. Une plateforme en attente peut migrer sa clientèle vers un opérateur autorisé dans un autre État membre, ou engager une fermeture ordonnée. L'ESMA l'exige explicitement: des plans de sortie prêts à l'exécution, avec transfert des actifs et préavis aux clients.
En France, les PSAN déjà enregistrés auprès de l'AMF disposent d'une fenêtre de transition pour déposer leur dossier CASP, mais cette fenêtre se referme au 1er juillet. Ceux qui n'ont pas encore demandé l'agrément PSCA se retrouvent dans la même position précaire que leurs homologues italiens.
La suite: consolidation, pas apocalypse
Le mot que les cabinets juridiques répètent est un seul: M&A. Le second semestre 2026 verra des opérateurs internationaux acquérir des entités déjà licenciées pour entrer sur le marché unique via le passeport européen. C'est exactement le schéma observé avec la directive MiFID.
Ce n'est pas la fin des crypto en Europe. C'est une sélection. La pression de l'AMF sur les sociétés sans licence en France suit la même logique que celle observée dans d'autres États membres. Et le modèle européen évolue à l'opposé de l'approche américaine, qui procède par jugements et agences distinctes plutôt que par un cadre réglementaire unifié. Le détail normatif reste disponible sur le registre officiel de l'ESMA.
Trois actions concrètes avant le 2 juillet. Vérifiez le statut de votre plateforme dans le registre provisoire de l'ESMA. Si elle est en cours de fermeture, transférez vos actifs en avance, pas sous la pression d'une deadline. Et calculez l'impact fiscal avant d'appuyer sur «vendre».
Contenu à titre informatif, pas un conseil financier ou fiscal. Les crypto sont volatiles et les transferts peuvent avoir des effets fiscaux: évaluez votre situation avec un professionnel avant d'agir.
