Qivalis, le consortium bancaire européen dédié au stablecoin en euro, a annoncé le 20 mai 2026 l'adhésion de 25 nouveaux établissements, portant le total à 37 banques réparties dans 15 pays. Parmi les nouveaux entrants italiens figurent Intesa Sanpaolo et BPER Banca, rejoignant UniCredit et Banca Sella, membres depuis la fondation du consortium en septembre 2025. Le lancement est prévu d'ici fin 2026, soit trois ans avant le calendrier de l'euro numérique de la BCE.
TL;DR: Qivalis est passé de 9 à 37 banques en moins d'un an, avec l'adhésion d'Intesa Sanpaolo et BPER le 20 mai 2026. Ce stablecoin bancaire en euro cible les marchés institutionnels bien avant que la BCE ne soit prête.
L'euro numérique de la BCE: un calendrier sous conditions
Concrètement, la position officielle de Francfort est la suivante: l'euro numérique pourrait arriver en 2029, à condition que la législation européenne soit adoptée en 2026, que le pilote de 2027 donne des résultats satisfaisants, et que les banques centrales nationales achèvent leur intégration technique dans les délais. Beaucoup de conditions simultanées. La BCE a ouvert son appel à candidatures pour les prestataires de services de paiement le 5 mars 2026, avec une date limite fixée au 14 mai 2026. Les résultats sont attendus fin juin. Le développement opérationnel démarrera au troisième trimestre 2026. Le lancement, dans le meilleur des cas, se limitera à un pilote de 5 000 à 10 000 utilisateurs au second semestre 2027.
La BCE a positionné son euro numérique comme un rempart contre les géants technologiques américains et les stablecoins étrangers. La vision est pertinente. Mais les marchés n'attendent pas les visions: ils adoptent des produits. Or, le produit de la BCE n'existe pas encore.
Croissance du consortium Qivalis, nombre de banques membres
Source: ING · Qivalis · Reuters · mai 2026
Ce que Qivalis est vraiment
Qivalis n'est pas une expérimentation marginale. Derrière le projet: ING, BNP Paribas, UniCredit, Deutsche Bank, CaixaBank, BBVA, Rabobank, Nordea, ABN Amro, Intesa Sanpaolo et 27 autres établissements. Les banques européennes construisent une exposition crypto sur trois fronts à la fois en 2026: positions en bilan propre, produits pour les clients, et désormais une infrastructure de paiement commune.
Le stablecoin sera ancré 1:1 à l'euro, avec des réserves composées d'au moins 40 % de dépôts bancaires et du reste en actifs liquides de haute qualité, selon les communications de Qivalis. Il est structuré comme un établissement de monnaie électronique sous la supervision de la Banque centrale néerlandaise, en conformité totale avec le règlement MiCA. Ce n'est pas un produit crypto natif: c'est un produit bancaire construit sur une blockchain. Cette distinction compte pour la perception réglementaire et pour l'adoption institutionnelle.

Le PDG, Jan-Oliver Sell, ancien responsable de Coinbase en Allemagne, a résumé la mission sans détour dans un communiqué du 20 mai:
«Pour les institutions européennes, dépendre uniquement du dollar pour régler les transactions n'est pas soutenable.»
La question est géopolitique avant d'être financière.
We are not just building a euro stablecoin; we are laying the European financial rails of the future.
, qivalis (@qivaliseu) May 20, 2026
25 new banks have joined Qivalis today, bringing our consortium to 37 major institutions united behind one mission: a native, regulated euro in the on-chain financial system,… pic.twitter.com/J3DTm2uc0y
Pourquoi la distribution prime sur la technologie
La vraie question n'est pas de savoir si le stablecoin de Qivalis est techniquement supérieur aux stablecoins euro existants. C'est de savoir s'il peut atteindre une taille critique. Selon les données de marché de Kaiko, les deux tiers environ du volume de transactions par carte dans la zone euro transitent par des réseaux non européens: Visa et Mastercard. Un stablecoin bancaire en euro, distribué via les comptes courants de 37 établissements, crée une alternative native sans obliger les clients à ouvrir des portefeuilles crypto ou à comprendre la blockchain.
L'avantage central de Qivalis est la distribution, pas la technologie. Chaque client de BNP Paribas, UniCredit ou de leurs partenaires du consortium est un utilisateur potentiel du stablecoin dès le premier jour, sans friction d'entrée. Circle a appliqué la même logique avec son produit CPN Managed Payments: accès au stablecoin sans gestion directe d'actifs numériques par le client. La différence est que Qivalis est construit par les banques elles-mêmes, et non par un émetteur américain qui revend l'accès aux banques européennes.
L'EURCV de Société Générale, lancé en 2023, offre un point de comparaison utile. Le token n'a atteint qu'environ 122 millions de dollars de circulation après deux ans, selon les données de CoinGecko. Ce chiffre illustre la difficulté de construire de la liquidité pour un stablecoin euro sans un consortium de distribution crédible. Qivalis part avec 37 réseaux bancaires capables de fournir cette liquidité dès le lancement.
Deux pistes parallèles, une seule destination
Qivalis et l'euro numérique de la BCE ne sont pas le même produit, même s'ils semblent en concurrence. L'euro numérique est de la monnaie de banque centrale, garantie souveraine maximale. Qivalis est de la monnaie bancaire sur blockchain, avec un risque émetteur dans une structure coopérative. Ce sont deux niveaux de confiance distincts. La BCE a précisé que son euro numérique est conçu pour les paiements de détail, pas pour les marchés institutionnels. Qivalis vise précisément les marchés institutionnels, les exchanges européens et les paiements transfrontaliers interentreprises.
La concurrence n'est pas frontale. C'est une course pour combler le vide que la BCE, avec ses délais institutionnels, a laissé ouvert. Selon les données de CoinGecko, le marché des stablecoins en euro affichait 69 millions de dollars de volume mensuel en janvier 2026, avant de dépasser 777 millions de dollars en mai. La croissance est là. C'est le produit qui manquait.
Pour les investisseurs français et francophones, Qivalis soulève une question concrète liée au cadre fiscal. En France, les cessions d'actifs numériques sont soumises au Prélèvement Forfaitaire Unique de 30 % (PFU), sous réserve que les plus-values annuelles dépassent le seuil de 305 euros. Un stablecoin adossé à l'euro et fonctionnant comme instrument de paiement pur pourrait relever d'un traitement différent, mais l'AMF et la DGFiP n'ont pas encore clarifié ce point pour les stablecoins bancaires conformes à MiCA. C'est un dossier à suivre attentivement avant le lancement prévu fin 2026.
