Le bref soupir de soulagement qui avait caractérisé la journée de dimanche n'a pas survécu au premier choc avec la réalité, lundi. À la réouverture des marchés traditionnels, l'escalade du conflit entre les États-Unis et l'Iran a commencé à se répercuter lourdement sur les actifs numériques, qui avaient évolué dans un isolement incertain depuis samedi.
La retraite sur les cryptomonnaies
Au cours des premières heures de lundi, le bitcoin a glissé jusqu'à 66 702 dollars, marquant une baisse de 1,1 % au cours des dernières 24 heures. Le rebond de dimanche vers 68 000 dollars, alimenté par les confirmations du guide suprême Khamenei, a été presque entièrement résorbé. Le marché est revenu s'installer dans la fourchette de 66 000 dollars qui a précédé les attaques.
L'image globale du secteur des crypto-monnaies semble mitigée, mais orientée à la baisse. L'Ether a perdu 2,5 %, tombant à 1 967 $, tandis que Solana a subi le coup le plus dur parmi les grands, plongeant de 4,1 % à 84 $ et accumulant une perte hebdomadaire de 8,1 %. Même XRP n'a pas été épargné, chutant de 3,6 % pour s'établir à 1,36 $.
L'ombre du pétrole et la fermeture d'Hormuz
Si les cryptos ont anticipé la tension, les marchés traditionnels ont confirmé sa gravité. Le Brent a littéralement bondi à l'ouverture, touchant des sommets de 13% avant de se stabiliser autour de 77,50 dollars (soit une hausse nette de 6,4%). Il s'agit du bond le plus important depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022.
Les données logistiques sont particulièrement inquiétantes : selon Bloomberg, le détroit d'Ormuz, passage vital où transite environ un cinquième du pétrole mondial, est effectivement fermé. Ce goulot d'étranglement a déclenché une fuite vers les valeurs refuges, l'or atteignant 5 350 dollars l'once, tandis que les marchés boursiers asiatiques (-1,4 %) et les marchés à terme américains (-0,7 %) sont passés dans le rouge.
Inflation et Réserve fédérale : le lien avec la crypto
L'évolution du pétrole brut est l'indicateur crucial de l'orientation à court terme du bitcoin. La hausse des prix de l'énergie alimente directement les attentes en matière d'inflation. Ce scénario oblige la Réserve fédérale à repousser le moment où elle réduira ses taux d'intérêt, resserrant ainsi les conditions de liquidité qui alimentent généralement les prix des actifs à haut risque (risk-on).
Diplomatie ou escalade ? Une image fluide
La situation politique reste extrêmement instable et caractérisée par des signaux contradictoires. Lundi, des nouvelles contradictoires sont apparues sur la volonté de l'Iran de reprendre les négociations nucléaires avec les États-Unis. Alors que le Wall Street Journal a reporté un nouvel effort diplomatique pour négocier, le chef de la sécurité nationale iranienne, Ali Larijani, a réitéré une ligne dure, déclarant que le pays n'avait pas l'intention de s'entendre.
Sur le front américain, le président Trump a déclaré dimanche que la campagne de bombardement se poursuivrait jusqu'à ce que les objectifs soient atteints, bien que The Atlantic ait fait état de son ouverture au dialogue avec les nouveaux dirigeants iraniens.
Perspectives et risques limités
Malgré le climat tendu, certains analystes conservent une confiance prudente. Jeff Mei, directeur des opérations chez BTSE, estime que les risques de baisse pourraient être limités:
"Étant donné que l'Iran est isolé des marchés financiers mondiaux depuis un certain temps, nous pensons que les risques de baisse sont limités. Bien que le pétrole et l'inflation suscitent des inquiétudes, le monde s'est maintenant sevré du brut iranien. L'augmentation de l'offre de l'OPEP et des États-Unis devrait suffire à stabiliser les prix."
L'avenir immédiat du marché dépendra de deux variables clés : la réouverture du détroit d'Ormuz et la durée de l'opération militaire de Trump. D'ici là, les crypto-monnaies continueront à s'échanger comme des actifs à risque dans un monde qui est soudainement devenu beaucoup plus risqué.
