Pendant quatre ans, la règle était simple: acheter du bitcoin et ne jamais le vendre. Le 29 juin, Strategy l'a réécrite.
Avec un document intitulé Digital Credit Capital Framework, l'ex-MicroStrategy de Michael Saylor a formalisé un programme lui permettant de vendre des bitcoins pour gérer sa liquidité. Le marché, paradoxalement, a salué l'annonce.
Ce qu’a annoncé Strategy
Le cœur du dispositif est le BTC Monetization Program: l’autorisation de céder jusqu’à environ 1,25 milliard de dollars en bitcoin, soit environ 20 000 BTC, représentant 2,5% des réserves. Les recettes serviront à trois objectifs: alimenter la réserve en dollars, verser les dividendes sur les actions privilégiées et financer les rachats d’actions.
Autour de cela, une restructuration du bilan. La réserve de liquidités monte à environ 2,55 milliards de dollars, le dividende sur l’action privilégiée STRC est relevé de 11,5% à 12%, et deux programmes de rachat d’actions allant jusqu’à un milliard chacun sont autorisés. Strategy détient 847 363 bitcoins et, la semaine dernière, pour la première fois depuis longtemps, la société n’en a pas acheté un seul.
La prime de Strategy s’est évaporée
Source: documents SEC et données de marché. L’mNAV mesure la valeur de MSTR par rapport aux bitcoins qu’elle détient
Pourquoi cela compte: le mécanisme s’est grippé
Concrètement, le modèle de Strategy repose sur un effet de levier circulaire. Lorsque MSTR vaut davantage que les bitcoins qu’elle possède, la société émet des actions avec une prime, achète davantage de bitcoin et fait monter la valeur par action. Cela fonctionne tant que la prime existe. Or cette prime s’est évaporée: depuis l’exceptionnel 3,89x de fin 2024, selon les données SEC, l’mNAV est retombé sous 1, comme nous l’avions analysé dans notre dossier sur Strategy sous pression.
Quand l’mNAV passe sous 1, émettre de nouvelles actions revient à vendre ses propres bitcoins à prix bradé. Le principal robinet de capitaux se ferme. C’est précisément pourquoi formaliser la vente directe de bitcoin, même à petite échelle, représente un changement de logique et non un simple ajustement comptable.
Strategy announces a Digital Credit Capital Framework designed to strengthen Digital Credit, enhance liquidity, preserve long-term Bitcoin exposure, and support long-term value creation. $MSTR $STRC https://t.co/AUoUCtem53
, Michael Saylor (@saylor) June 29, 2026
Capitulation ou simple gestion du bilan?
Sur la lecture de cette décision, le marché s’est divisé. Pour le critique Peter Schiff, Saylor a de facto capitulé, passant du plus grand acheteur de bitcoin au plus grand vendeur potentiel. Strategy rejette ce récit: les bitcoins demeurent l’actif de réserve principal, et la gestion de la liquidité ne remet pas en cause la conviction de fond.
Wall Street, du moins pour l’instant, a récompensé la clarté. Le titre a bondi de plus de 12% lors de la séance de l’annonce, avant de céder une partie de ses gains le lendemain. Saylor a promis de la discipline dans l’émission de nouvelles actions lorsque l’mNAV est proche de 1. Des établissements comme Citi ont maintenu leur avis positif sur la valeur.
Le risque pour l’ensemble du marché
Le point sensible est le cercle auto-entretenu. Si le prix du bitcoin baisse, l’mNAV recule, et pour générer des liquidités Strategy pourrait devoir vendre davantage de bitcoins, ajoutant une pression baissière qui ferait chuter encore plus les cours. Avec 847 363 bitcoins, soit environ 4% de l’offre totale à terme, le problème dépasse largement Strategy elle-même.
Le contexte est déjà fragile: la demande institutionnelle recule et, selon les données de marché compilées par CoinGlass, juin 2026 s’annonce comme le pire mois jamais enregistré pour les ETF bitcoin. Près de 200 sociétés cotées ont copié le modèle de trésorerie de Strategy. Si le pionnier bascule vers la logique inverse, la question est de savoir combien de temps les imitateurs résisteront. Les documents restent vérifiables dans les dépôts auprès de la SEC et sur le site officiel de Strategy.
Contenu à titre informatif uniquement, sans conseil en investissement. Les actifs mentionnés sont hautement volatils et comportent un risque de perte en capital.
